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La part assignée

La pensée satanique

Langue du contenuOriginal: العربية
NarrateurFrançais

Lorsque le Coran dévoile les limites du pouvoir d’Iblis et sa mission particulière : quelle différence entre celui qui est égaré et celui qui est pris pour soi ?

Introduction : où commence la puissance d’Iblis et où s’arrête-t-elle ?

Où commence la puissance d’Iblis et où s’arrête-t-elle ? C’est peut-être par cette question que nous devrions commencer, avant de demander : qui sont ceux qui constituent « la part assignée » dont Iblis a parlé ? Le Coran nous révèle en effet que le pouvoir d’Iblis sur l’être humain n’est pas un pouvoir de coercition et de contrainte, mais un pouvoir de séduction, d’appel et d’embellissement.

﴿قَالَ فَبِمَا أَغْوَيْتَنِي لَأَقْعُدَنَّ لَهُمْ صِرَاطَكَ الْمُسْتَقِيمَ ۝ ثُمَّ لَآتِيَنَّهُم مِّن بَيْنِ أَيْدِيهِمْ وَمِنْ خَلْفِهِمْ وَعَنْ أَيْمَانِهِمْ وَعَنْ شَمَائِلِهِمْ وَلَا تَجِدُ أَكْثَرَهُمْ شَاكِرِينَ﴾ (Il dit : « Puisque Tu m’as égaré, je me posterai assurément pour eux sur Ta voie droite. Puis je les assaillirai par-devant et par-derrière, par leur droite et par leur gauche, et Tu ne trouveras pas la plupart d’entre eux reconnaissants. ») [الأعراف: ١٦–١٧]

Mais Iblis lui-même révèle les limites de son autorité lorsqu’il dit :

﴿وَمَا كَانَ لِيَ عَلَيْكُم مِّن سُلْطَانٍ إِلَّا أَن دَعَوْتُكُمْ فَاسْتَجَبْتُمْ لِي﴾ (Je n’avais sur vous aucune autorité, si ce n’est que je vous ai appelés et que vous m’avez répondu.) [إبراهيم: ٢٢]

﴿إِنَّ عِبَادِي لَيْسَ لَكَ عَلَيْهِمْ سُلْطَانٌ﴾ (Sur Mes serviteurs, tu n’as aucune autorité.) [الحجر: ٤٢]

﴿إِنَّ كَيْدَ الشَّيْطَانِ كَانَ ضَعِيفًا﴾ (La ruse de Satan est assurément faible.) [النساء: ٧٦]

Ainsi, Iblis appelle, et l’être humain répond. Iblis embellit, et l’être humain choisit. Iblis ordonne, et l’être humain exécute. Une question mérite dès lors une méditation attentive : si le pouvoir fondamental d’Iblis consiste à séduire, à embellir et à appeler, et s’il n’exerce aucune autorité coercitive sur les serviteurs de Dieu, comment son influence passe-t-elle du registre immatériel à un acte qui se produit dans la réalité ?

﴿لَأَتَّخِذَنَّ مِنْ عِبَادِكَ نَصِيبًا مَّفْرُوضًا﴾ (Je prendrai assurément pour moi, parmi Tes serviteurs, une part assignée.) [النساء: ١١٨]

C’est ici que commence la véritable interrogation.

L’égarement général et la part particulière

Iblis a clairement annoncé son projet général :

﴿لَأُغْوِيَنَّهُمْ أَجْمَعِينَ﴾ (Je les égarerai assurément tous.) [الحجر: ٣٩]

L’égarement est ici général. Mais, dans un autre passage, il dit : ﴿لَأَتَّخِذَنَّ مِنْ عِبَادِكَ نَصِيبًا مَّفْرُوضًا﴾ (Je prendrai assurément pour moi, parmi Tes serviteurs, une part assignée). Une différence apparaît ici, qui mérite que l’on s’y arrête : à propos de l’égarement général, il dit ﴿أَجْمَعِينَ﴾ (tous), tandis qu’à propos de la part, il dit ﴿مِنْ عِبَادِكَ نَصِيبًا﴾ (une part parmi Tes serviteurs). L’égarement vise donc les êtres humains en général, tandis que le fait de les « prendre pour soi » concerne une part d’entre eux.

La question s’en trouve modifiée : « la part assignée » désigne-t-elle simplement un certain nombre d’êtres humains qui tomberont dans la désobéissance ? Ou Iblis veut-il prendre pour lui une part particulière des êtres humains, dans un dessein qui dépasse le simple fait de les égarer ? Le verset lui-même révèle ce qu’il veut faire de cette part :

﴿وَلَأُضِلَّنَّهُمْ وَلَأُمَنِّيَنَّهُمْ وَلَآمُرَنَّهُمْ فَلَيُبَتِّكُنَّ آذَانَ الْأَنْعَامِ وَلَآمُرَنَّهُمْ فَلَيُغَيِّرُنَّ خَلْقَ اللَّهِ﴾ (Je les égarerai assurément, je les bercerai de vains espoirs, je leur donnerai des ordres et ils fendront les oreilles des bestiaux ; je leur donnerai des ordres et ils changeront la création de Dieu.) [النساء: ١١٩]

Le cheminement paraît ici clair : prise pour soi ← égarement ← vains espoirs ← ordre ← obéissance ← exécution ← changement. Iblis égare, Iblis fait espérer, Iblis ordonne ; mais celui qui fend et qui change, c’est l’être humain qui lui répond.

Peut-être « la part assignée » est-elle une part des êtres humains qu’Iblis ne veut pas simplement égarer, mais qu’il veut prendre pour lui dans un dessein particulier ; des êtres humains capables de passer de la réception de la suggestion à l’exécution, dans la réalité, de ce que veut cette suggestion.

Pourquoi Iblis a-t-il besoin de l’être humain ?

Iblis possède une influence immatérielle, mais il ne possède pas la capacité matérielle humaine. Il peut suggérer, séduire, embellir, faire espérer et appeler. L’être humain, quant à lui, possède le corps, la volonté, l’argent, le pouvoir, les institutions, ainsi que la capacité de se mouvoir, d’agir et de changer la réalité.

C’est pourquoi nous pouvons comprendre autrement le fait de « prendre pour soi » : Iblis n’a pas seulement besoin d’un être humain qui entende sa suggestion ; il a besoin d’un être humain qui la transforme en acte. Iblis sème l’idée, et l’être humain la transforme en réalité. Iblis embellit, et l’être humain choisit. Iblis ordonne, et l’être humain exécute. Lorsque la force immatérielle s’unit à la force matérielle, l’influence de Satan passe du monde de la suggestion au monde de la réalité.

C’est là que réside, dans cette lecture, la spécificité de la « part » : quiconque est égaré ne devient pas nécessairement un instrument. L’être humain peut désobéir, puis éprouver du regret ; il peut faiblir, puis se raviser. Mais il existe une différence entre un être humain qu’une suggestion emporte et un être humain qui porte l’idée, y croit, la défend, y appelle et possède la capacité de la mettre à exécution et d’influencer autrui par elle. Telle est la différence entre celui qui est égaré et celui qui est pris pour soi.

Qui constitue donc cette part ?

Si « la part assignée » correspond à une fonction particulière, la question suivante devient : quelles sont les caractéristiques de cette part, telles que le Coran les révèle ? Le Coran ne nous donne pas une liste de noms sous l’intitulé « la part assignée », mais il présente des qualités et des actes que nous pouvons mettre en comparaison. Parmi les passages qui invitent le plus à la méditation figure ce que le Coran dit de certains de ceux qui ont reçu le Livre.

﴿أَلَمْ تَرَ إِلَى الَّذِينَ أُوتُوا نَصِيبًا مِّنَ الْكِتَابِ يُؤْمِنُونَ بِالْجِبْتِ وَالطَّاغُوتِ﴾ (N’as-tu pas vu ceux qui ont reçu une part du Livre croire au jibt et au ṭāghūt ?) [النساء: ٥١]

Un paradoxe d’une importance majeure apparaît ici : ceux-là ont reçu une part du Livre, et pourtant le Coran décrit certains d’entre eux comme croyant au jibt et au ṭāghūt. Nous trouvons ensuite un autre tableau :

﴿أَلَمْ تَرَ إِلَى الَّذِينَ يَزْعُمُونَ أَنَّهُمْ آمَنُوا بِمَا أُنزِلَ إِلَيْكَ وَمَا أُنزِلَ مِن قَبْلِكَ يُرِيدُونَ أَن يَتَحَاكَمُوا إِلَى الطَّاغُوتِ وَقَدْ أُمِرُوا أَن يَكْفُرُوا بِهِ وَيُرِيدُ الشَّيْطَانُ أَن يُضِلَّهُمْ ضَلَالًا بَعِيدًا﴾ (N’as-tu pas vu ceux qui prétendent croire à ce qui t’a été révélé et à ce qui a été révélé avant toi ? Ils veulent soumettre leurs différends au ṭāghūt, alors qu’il leur a été ordonné de le renier. Et Satan veut les entraîner dans un profond égarement.) [النساء: ٦٠]

Il ne s’agit plus ici d’une simple croyance ; il y a passage au recours à un arbitrage. C’est un passage de l’intérieur vers l’extérieur : de la croyance à l’autorité de référence, puis de l’autorité de référence à la conduite. Vient ensuite le lien explicite : ﴿وَيُرِيدُ الشَّيْطَانُ أَن يُضِلَّهُمْ ضَلَالًا بَعِيدًا﴾ (Et Satan veut les entraîner dans un profond égarement).

Lorsque le désir devient plus fort que la révélation

﴿أَفَكُلَّمَا جَاءَكُمْ رَسُولٌ بِمَا لَا تَهْوَىٰ أَنفُسُكُمُ اسْتَكْبَرْتُمْ فَفَرِيقًا كَذَّبْتُمْ وَفَرِيقًا تَقْتُلُونَ﴾ (Chaque fois qu’un messager vous apportait ce que vos âmes ne désiraient pas, vous enfliez-vous d’orgueil, traitant les uns de menteurs et tuant les autres ?) [البقرة: ٨٧]

L’expression frappante est ici : ﴿بِمَا لَا تَهْوَىٰ أَنفُسُكُم﴾ (ce que vos âmes ne désirent pas). Dans ce tableau coranique, le problème n’est pas nécessairement l’absence de connaissance : l’être humain peut être face à un message qu’il connaît, mais qu’il rejette parce qu’il se heurte à ce que désire son âme. Vient ensuite l’enchaînement : désir ← orgueil ← démenti ← opposition au messager ← meurtre.

﴿وَيَقْتُلُونَ النَّبِيِّينَ بِغَيْرِ الْحَقِّ﴾ (Et ils tuent les prophètes sans aucun droit.) [البقرة: ٦١]

﴿وَيَقْتُلُونَ الْأَنبِيَاءَ بِغَيْرِ حَقٍّ﴾ (Et ils tuent les prophètes sans aucun droit.) [آل عمران: ١١٢]

Nous passons ici d’une simple déviation intérieure à un acte extérieur aux effets considérables. L’être humain n’est plus simplement influencé par la suggestion : il devient capable de transformer sa position intérieure en un acte par lequel il affronte le message lui-même.

Du Livre au ṭāghūt

Lorsque nous réunissons ces tableaux coraniques, un cheminement apparaît qui mérite méditation : Livre ← ṭāghūt ← recours à l’arbitrage ← désir ← orgueil ← démenti ← opposition au messager ← meurtre. De l’autre côté, nous trouvons les paroles d’Iblis : ﴿لَأُغْوِيَنَّهُمْ أَجْمَعِينَ﴾ (Je les égarerai assurément tous), puis ﴿لَأَتَّخِذَنَّ مِنْ عِبَادِكَ نَصِيبًا مَّفْرُوضًا﴾ (Je prendrai assurément pour moi, parmi Tes serviteurs, une part assignée), puis ﴿وَلَأُضِلَّنَّهُمْ وَلَأُمَنِّيَنَّهُمْ وَلَآمُرَنَّهُمْ﴾ (Je les égarerai assurément, je les bercerai de vains espoirs et je leur donnerai des ordres), puis ﴿فَلَيُغَيِّرُنَّ خَلْقَ اللَّهِ﴾ (et ils changeront la création de Dieu).

Le point de rencontre apparaît ici : Iblis possède le pouvoir de séduction, et l’être humain possède la capacité d’exécution. Iblis possède l’influence immatérielle, et l’être humain possède la force matérielle. Si les deux forces se réunissent, l’idée peut se transformer en acte, et l’acte en influence sur autrui, sur la société et sur l’histoire. Dès lors, le terme ﴿لَأَتَّخِذَنَّ﴾ (Je prendrai assurément pour moi) prend une importance accrue : Satan ne dit pas seulement « j’égarerai », mais « je prendrai pour moi ».

Pourquoi cette part précisément ?

Si Iblis peut égarer tout le monde, pourquoi a-t-il besoin d’une « part » ? Peut-être parce que l’égarement général ne correspond pas à la même fonction. L’égarement général signifie la tentative d’influencer tous les êtres humains, tandis que le fait de « prendre pour soi » signifie, dans cette lecture, choisir des êtres humains dont la réponse peut devenir une force d’exécution.

La part n’est donc pas nécessairement constituée des plus désobéissants, mais peut-être de ceux qui sont les plus aptes à transformer la séduction en acte et en influence. Cela explique, dans le cadre de cette hypothèse, l’enchaînement du verset : ﴿وَلَأُضِلَّنَّهُمْ﴾ (Je les égarerai assurément), modification de la représentation ; ﴿وَلَأُمَنِّيَنَّهُمْ﴾ (je les bercerai de vains espoirs), production des espoirs et de la vision ; ﴿وَلَآمُرَنَّهُمْ﴾ (je leur donnerai des ordres), transformation de la vision en obéissance ; ﴿فَلَيُغَيِّرُنَّ خَلْقَ اللَّهِ﴾ (et ils changeront la création de Dieu), transformation de l’obéissance en acte dans la réalité.

La « part » peut ici se comprendre comme le maillon reliant le pouvoir immatériel d’Iblis à la capacité matérielle de l’être humain.

Pourquoi ce tableau apparaît-il dans le Coran ?

Lorsque nous cherchons dans le Coran un groupe humain chez lequel certaines de ces qualités se trouvent réunies, nous trouvons, dans plusieurs versets, une description de certains de ceux qui ont reçu le Livre : ﴿أُوتُوا نَصِيبًا مِنَ الْكِتَابِ﴾ (ils ont reçu une part du Livre), puis ﴿يُؤْمِنُونَ بِالْجِبْتِ وَالطَّاغُوتِ﴾ (ils croient au jibt et au ṭāghūt), puis ﴿يُرِيدُونَ أَن يَتَحَاكَمُوا إِلَى الطَّاغُوتِ﴾ (ils veulent soumettre leurs différends au ṭāghūt), puis ﴿بِمَا لَا تَهْوَىٰ أَنفُسُكُم﴾ (ce que vos âmes ne désirent pas), puis ﴿فَرِيقًا كَذَّبْتُمْ وَفَرِيقًا تَقْتُلُونَ﴾ (vous avez traité les uns de menteurs et vous tuez les autres), puis ﴿وَيَقْتُلُونَ النَّبِيِّينَ بِغَيْرِ الْحَقِّ﴾ (et ils tuent les prophètes sans aucun droit).

Ce ne sont pas des descriptions inventées par cette recherche, mais des descriptions qui figurent dans le Coran. De là vient l’hypothèse de la recherche : « la part assignée » qu’Iblis a annoncé vouloir prendre pour lui parmi les serviteurs de Dieu pourrait-elle être liée, selon l’une des perspectives de méditation, à ceux auxquels le Coran attribue ces qualités ? Non pas en raison de leur seule appartenance, mais parce que la question porte sur les qualités et la fonction que révèle le texte coranique.

﴿لَيْسُوا سَوَاءً﴾ (Ils ne sont pas tous semblables.) [آل عمران: ١١٣]

Il est donc question ici de la catégorie à laquelle s’appliquent les descriptions coraniques, et non de tous ceux qui se rattachent aux gens du Livre.

Le ṭāghūt : le point de bascule

Le terme « ṭāghūt » constitue peut-être l’un des maillons les plus importants de cette construction. Lorsque l’être humain croit au ṭāghūt, sa représentation change ; lorsqu’il veut recourir à son arbitrage, son autorité de référence change ; lorsque l’autorité de référence change, l’obéissance peut changer ; et lorsque l’obéissance se transforme en exécution, l’être humain devient capable de transformer l’idée en réalité.

Cela rejoint ici les paroles d’Iblis : ﴿وَلَأُمَنِّيَنَّهُمْ وَلَآمُرَنَّهُمْ﴾ (Je les bercerai de vains espoirs et je leur donnerai des ordres). Les espoirs façonnent la représentation, l’ordre façonne la conduite, et la représentation et la conduite façonnent la capacité d’agir. Le ṭāghūt devient dès lors non plus un simple nom, mais un point de bascule dans la relation de l’être humain à l’autorité de référence.

La question n’est plus seulement : que croit l’être humain ? Mais : à qui soumet-il ses différends ? À qui obéit-il ? À l’ordre de qui donne-t-il la priorité lorsque cet ordre entre en contradiction avec la vérité ?

La part peut ignorer qu’elle est une part

C’est peut-être là le point le plus grave. L’être humain devenu partie prenante du projet d’Iblis peut l’ignorer : il peut penser qu’il défend la vérité, sert sa religion, protège son groupe, recherche la puissance ou réalise un intérêt.

Mais le Coran attire l’attention sur l’épreuve véritable : que se passe-t-il lorsque le messager apporte ce que l’âme ne désire pas ? L’être humain suit-il la révélation ou s’enfle-t-il d’orgueil ? S’en remet-il à l’arbitrage de la vérité ou veut-il recourir à celui du ṭāghūt ? Exerce-t-il sa volonté ou la remet-il à celui qui lui donne des ordres ? La question passe alors de « Es-tu croyant ? » à : quelle est ton autorité de référence lorsque la vérité entre en contradiction avec ton désir ?

La différence entre le désobéissant et l’instrument

Tout désobéissant n’est pas un instrument. L’être humain peut commettre une faute, puis éprouver du regret ; un désir peut l’affaiblir, puis il peut se raviser ; il peut tomber dans le péché sans que les effets en dépassent sa propre personne. Mais l’être humain qui porte l’idée, la défend, y appelle, influence autrui par elle et possède la capacité de la mettre à exécution représente un niveau tout à fait différent.

La différence entre celui qui est égaré et celui qui est pris pour soi devient ici fondamentale : le désobéissant peut se nuire à lui-même, tandis que l’être humain dont la réponse devient une force peut se transformer en instrument qui influence autrui et change la réalité. C’est pourquoi nous pouvons comprendre pourquoi Iblis a dit : ﴿لَأَتَّخِذَنَّ﴾ (Je prendrai assurément pour moi).

La part est-elle une force humaine dans le projet d’Iblis ?

Iblis ne possède ni le corps humain, ni l’argent humain, ni les institutions humaines, ni le pouvoir humain direct ; mais l’être humain possède tout cela. C’est pourquoi l’être humain peut être pour Iblis plus qu’une simple cible : il peut être un moyen d’exécution.

Iblis possède la force immatérielle, et l’être humain possède la force matérielle. Iblis suggère, et l’être humain pense. Iblis fait espérer, et l’être humain fixe les objectifs. Iblis ordonne, et l’être humain exécute. Si la force immatérielle s’unit à la force matérielle, l’idée devient davantage capable de façonner la réalité. Nous pouvons alors comprendre « la part assignée » comme une part investie d’une fonction particulière, et non comme une simple part des désobéissants.

Conclusion : la question n’est pas seulement de savoir qui ils sont, mais ce qu’ils font

À mon sens, les versets révèlent deux niveaux dans le projet d’Iblis. Le premier est l’égarement général : ﴿لَأُغْوِيَنَّهُمْ أَجْمَعِينَ﴾ (Je les égarerai assurément tous), qui consiste à tenter d’influencer tous les êtres humains. Le second est la part particulière : ﴿لَأَتَّخِذَنَّ مِنْ عِبَادِكَ نَصِيبًا مَّفْرُوضًا﴾ (Je prendrai assurément pour moi, parmi Tes serviteurs, une part assignée).

Il apparaît ici, dans cette lecture, qu’Iblis ne veut pas de simples désobéissants, mais des êtres humains dont la réponse peut passer du domaine intérieur au domaine extérieur. Satan égare, fait espérer et ordonne ; l’être humain croit, obéit et exécute. Le cheminement devient dès lors : séduction ← égarement ← vains espoirs ← ordre ← obéissance ← exécution ← changement.

La théorie pose ici sa question centrale : « la part assignée » était-elle une part d’êtres humains possédant assez de capacité et d’influence pour pouvoir transformer la séduction satanique en une force matérielle sur terre ? S’il en est ainsi, ce qu’Iblis veut de plus dangereux n’est pas seulement rendre l’être humain mauvais, mais le rendre puissant au service du mal.

Iblis ne veut pas tous les êtres humains de la même manière : il les veut tous par l’égarement, mais il veut une part d’entre eux en les prenant pour lui.

Le Coran ne nous a pas donné de liste de noms sous l’intitulé « la part assignée », mais il nous a révélé un cheminement, des qualités et des actes à travers lesquels nous pouvons en rechercher la fonction. C’est peut-être là la question la plus profonde que laisse le verset : le Coran nous a-t-il fait connaître la part assignée par son nom, ou nous l’a-t-il révélée par sa fonction, ses qualités et ses actes ?

Le Coran se lit par le Coran

C’est ici qu’apparaît l’importance de méditer le Coran à travers ses propres versets, plutôt que de faire de la tradition l’arbitre définitif de ce que les versets peuvent signifier. Le Coran, à mes yeux, n’est pas un texte dont les significations se seraient closes à l’époque de sa révélation, mais un livre de guidance qui demeure, et dont l’être humain renouvelle sa capacité à découvrir les versets à mesure que le temps et ses interrogations changent.

﴿أَفَلَا يَتَدَبَّرُونَ الْقُرْآنَ﴾ (Ne méditent-ils donc pas le Coran ?) [النساء: ٨٢]

Méditer ne signifie pas imposer au Coran ce que nous voulons, mais laisser les versets dialoguer entre eux, chercher les concepts coraniques au sein du Coran lui-même, replacer le verset dans son contexte, puis le comparer à d’autres versets jusqu’à ce que le tableau se forme de l’intérieur du texte.

L’interrogation sur « la part assignée » ne commence donc pas par : qu’en ont dit les exégètes ? Elle commence par le Coran lui-même : qu’a dit Iblis ? Qu’a-t-il annoncé de son objectif ? Quelles sont les limites de son pouvoir ? Que peut-il faire ? Et que ne peut-il pas faire ? Qui sont les êtres humains dont le Coran révèle les qualités et les actes dans différents contextes ? Nous laissons ensuite les versets nous conduire à la conclusion, plutôt que de conduire les versets vers une conclusion préétablie.

Cela ne signifie ni abolir la tradition ni nier sa valeur historique, mais ne pas placer la compréhension humaine du Coran au-dessus du Coran lui-même. La tradition est une expérience humaine de compréhension de la révélation, tandis que le Coran est la révélation, et la différence entre les deux est fondamentale. L’être humain peut comprendre juste comme il peut se tromper ; une génération peut découvrir une signification qu’une génération antérieure n’avait pas remarquée, dès lors qu’elle respecte les limites du texte et de son contexte et ne prétend pas que sa méditation constitue l’unique signification certaine du verset.

C’est peut-être là que réside l’une des manifestations de la grandeur du Coran : il ne prend pas fin avec la fin d’une époque. Le temps change, les questions changent, les réalités changent, mais les versets demeurent, et l’être humain peut, en tout temps, y revenir et les interroger à nouveau. C’est pourquoi nous ne devons craindre ni l’interrogation, ni la méditation, ni le réexamen : le Coran ne craint pas d’être lu ; il appelle au contraire à être médité.

﴿وَنَزَّلْنَا عَلَيْكَ الْكِتَابَ تِبْيَانًا لِّكُلِّ شَيْءٍ﴾ (Nous avons fait descendre sur toi le Livre comme explicitation de toute chose.) [النحل: ٨٩]

Le plus grand respect envers le Coran consiste donc à faire confiance à sa capacité de nous révéler ce qu’il contient, et non à supposer d’avance que tout ce que nous pouvons en comprendre a déjà été dit et que la question est close. La compréhension humaine ne domine pas le Coran, et les paroles humaines ne deviennent pas la mesure à laquelle on évalue le Coran ; c’est l’inverse : le Coran est la mesure à laquelle sont soumises les paroles humaines.

« Le Coran domine et n’est pas dominé » n’est pas une simple formule rhétorique, mais un principe méthodologique : nous lisons la tradition sans la sacraliser, nous tirons profit de l’exégèse sans en faire l’arbitre du texte, et nous respectons l’effort d’interprétation de nos prédécesseurs sans interdire l’effort d’interprétation ultérieur.

Certains versets sont peut-être restés sous les yeux des êtres humains pendant des siècles, mais c’est une question nouvelle qui révèle un nouvel angle de leur signification. Tel est, au fond, le sens de la méditation : non pas ajouter au Coran ce qui n’y est pas, mais découvrir ce que nous n’avions pas remarqué dans ce qui s’y trouve.

Pour que nous le comprenions, le Coran n’a pas besoin que la tradition le domine ; il a besoin que nous revenions à lui. Chaque fois que nous y revenons avec sincérité, que nous l’interrogeons par ses versets et que nous plaçons ses versets les uns à côté des autres, se dévoile à nous, de sa guidance, ce qui convient à l’être humain en son temps. Le Coran demeure, et l’être humain change ; c’est pourquoi la porte de la méditation reste ouverte. Peut-être est-ce précisément pour cette raison : le Coran prévaut, et rien ne prévaut sur lui.