De la transmission au témoignage : que reste-t-il à la communauté après le Messager ?
La transmission qui ne s’est pas achevée avec la transmission Et si le problème n’avait jamais été que le message n’était pas parvenu à destination ? Et si le Messager avait transmis ce qui lui avait été révélé, et que cette transmission avait atteint les hommes, mais que le véritable combat ne portait pas sur l’arrivée du message, mais sur son maintien vivant dans l’être humain une fois reçu ? Imaginez un homme qui creuse un trou pour atteindre un objectif précis. Il creuse et continue de creuser ; chaque fois qu’il approche de son objectif, quelqu’un vient derrière lui et commence à combler ce qu’il a creusé. Le problème est-il que celui qui creuse ne sait pas creuser ? Ou bien que quelqu’un travaille continuellement à annuler l’effet de ce qu’il a accompli ? C’est ici que commence cette méditation. Car le Coran ne nous présente pas le Messager comme un simple transmetteur de paroles : il le place devant un ordre explicite : ﴿يَا أَيُّهَا الرَّسُولُ بَلِّغْ مَا أُنزِلَ إِلَيْكَ مِن رَّبِّكَ ۖ وَإِن لَّمْ تَفْعَلْ فَمَا بَلَّغْتَ رِسَالَتَهُ ۖ وَاللَّهُ يَعْصِمُكَ مِنَ النَّاسِ ۗ إِنَّ اللَّهَ لَا يَهْدِي الْقَوْمَ الْكَافِرِينَ﴾ (Ô Messager, transmets ce qui t’a été révélé de la part de ton Seigneur. Si tu ne le fais pas, tu n’auras pas transmis Son message. Dieu te protégera des hommes. Dieu ne guide pas les gens qui ne croient pas.) [المائدة: 67] Le verset ne dit pas seulement : transmets. Il lie la transmission au message lui-même : ﴿وَإِن لَّمْ تَفْعَلْ فَمَا بَلَّغْتَ رِسَالَتَهُ﴾ (Si tu ne le fais pas, tu n’auras pas transmis Son message.) Puis le Coran vient nous dévoiler, dans ce même contexte, un conflit avec la révélation, une altération des paroles et l’oubli d’une part de ce qui avait été rappelé ; il dévoile ensuite le projet d’Iblis et sa déclaration : ﴿وَلَأَتَّخِذَنَّ مِنْ عِبَادِكَ نَصِيبًا مَّفْرُوضًا﴾ (Je prendrai assurément, parmi Tes serviteurs, une part assignée.) [النساء: 118] La question prend alors une ampleur plus grande : La transmission consistait-elle simplement à faire parvenir le message ? Ou bien la pleine transmission exige-t-elle que la communauté connaisse le message, mais aussi ce qui lui fait obstacle et ceux qui travaillent à le priver de son effet ? Dans la perspective de cette méditation, les deux sont indissociables. Car l’homme qui creuse le chemin doit savoir comment creuser, mais il doit aussi savoir qui se tient derrière lui pour combler le chemin. C’est ici que commence la relation entre la transmission et le témoignage. Le Messager a transmis. Quant à la communauté, il lui reste à témoigner. 1. Le Messager transmet ce qui lui a été révélé Le Coran définit clairement la fonction du Messager : ﴿وَمَا عَلَى الرَّسُولِ إِلَّا الْبَلَاغُ الْمُبِينُ﴾ (Il n’incombe au Messager que la transmission explicite.) [النور: 54] Il dit aussi : ﴿فَهَلْ عَلَى الرُّسُلِ إِلَّا الْبَلَاغُ الْمُبِينُ﴾ (Incombe-t-il donc aux messagers autre chose que la transmission explicite ?) [النحل: 35] Le Messager ne produit donc pas le message de lui-même. Il n’y ajoute rien de lui-même. Il reçoit la révélation, puis la transmet. Il dit : ﴿إِنْ أَتَّبِعُ إِلَّا مَا يُوحَىٰ إِلَيَّ﴾ (Je ne suis que ce qui m’est révélé.) [الأحقاف: 9] Le point de départ est donc clair : Révélation → Messager → transmission. Mais le Coran ne nous laisse pas à ce point. 2. La transmission s’est faite face aux hommes Dans cette parole : ﴿وَاللَّهُ يَعْصِمُكَ مِنَ النَّاسِ﴾ (Dieu te protégera des hommes.) se trouve une indication claire : la transmission ne s’est pas faite dans le vide. Il y avait des hommes. Il y avait une position à l’égard du message. Et il y avait ce qui appelait la protection divine du Messager pendant l’accomplissement de la transmission. Le Coran dit : ﴿يُرِيدُونَ أَن يُطْفِئُوا نُورَ اللَّهِ بِأَفْوَاهِهِمْ وَاللَّهُ مُتِمُّ نُورِهِ وَلَوْ كَرِهَ الْكَافِرُونَ﴾ (Ils veulent éteindre de leurs bouches la lumière de Dieu, mais Dieu parachèvera Sa lumière, malgré l’aversion de ceux qui ne croient pas.) [الصف: 8] Il dit aussi : ﴿يُرِيدُونَ لِيُطْفِئُوا نُورَ اللَّهِ بِأَفْوَاهِهِمْ وَاللَّهُ مُتِمُّ نُورِهِ وَلَوْ كَرِهَ الْكَافِرُونَ﴾ (Ils veulent éteindre de leurs bouches la lumière de Dieu, mais Dieu parachèvera Sa lumière, malgré l’aversion de ceux qui ne croient pas.) [التوبة: 32] Le message ne se déploie donc pas dans le vide. Il entre dans un monde où existent des résistances, des désirs, des intérêts, des passions et des tentatives d’éteindre la lumière de Dieu. Dès lors, la transmission devient plus que le simple fait de faire parvenir un texte. Elle consiste à faire parvenir la vérité face à ce qui veut l’éteindre. 3. Qu’est-il arrivé à la révélation chez les gens du Livre ? Dans ce même contexte de la sourate al-Māʾida, nous trouvons un propos sur les gens du Livre : ﴿وَلَوْ أَنَّهُمْ أَقَامُوا التَّوْرَاةَ وَالْإِنجِيلَ وَمَا أُنزِلَ إِلَيْهِم مِّن رَّبِّهِمْ لَأَكَلُوا مِن فَوْقِهِمْ وَمِن تَحْتِ أَرْجُلِهِمْ﴾ (S’ils avaient observé la Torah, l’Évangile et ce qui leur avait été révélé de la part de leur Seigneur, ils auraient trouvé de quoi se nourrir au-dessus d’eux et sous leurs pieds.) [المائدة: 66] Puis : ﴿قُلْ يَا أَهْلَ الْكِتَابِ لَسْتُمْ عَلَىٰ شَيْءٍ حَتَّىٰ تُقِيمُوا التَّوْرَاةَ وَالْإِنجِيلَ وَمَا أُنزِلَ إِلَيْكُم مِّن رَّبِّكُمْ﴾ (Dis : Ô gens du Livre, vous ne reposez sur rien tant que vous n’observez pas la Torah, l’Évangile et ce qui vous a été révélé de la part de votre Seigneur.) [المائدة: 68] Entre les deux figure le verset de la transmission : ﴿يَا أَيُّهَا الرَّسُولُ بَلِّغْ مَا أُنزِلَ إِلَيْكَ مِن رَّبِّكَ…﴾ (Ô Messager, transmets ce qui t’a été révélé de la part de ton Seigneur…) Puis le Coran dévoile autre chose : ﴿فَبِمَا نَقْضِهِم مِّيثَاقَهُمْ لَعَنَّاهُمْ وَجَعَلْنَا قُلُوبَهُمْ قَاسِيَةً ۖ يُحَرِّفُونَ الْكَلِمَ عَن مَّوَاضِعِهِ وَنَسُوا حَظًّا مِّمَّا ذُكِّرُوا بِهِ﴾ (Pour avoir rompu leur pacte, Nous les avons maudits et avons endurci leurs cœurs. Ils détournent les paroles de leurs emplacements et ont oublié une part de ce qui leur avait été rappelé.) [المائدة: 13] Le Coran ne se contente donc pas de mentionner le Livre. Il dévoile ce qui peut arriver au Livre lorsque l’être humain entre en confrontation avec lui. Altération. Oubli. Rupture du pacte. Déplacement des paroles hors de leurs emplacements. Ce ne sont pas des détails secondaires dans l’histoire de la révélation. Ils participent du dévoilement, par le Coran, du conflit autour du message. 4. La part assignée Nous arrivons ensuite à la déclaration d’Iblis : ﴿قَالَ فَبِمَا أَغْوَيْتَنِي لَأَقْعُدَنَّ لَهُمْ صِرَاطَكَ الْمُسْتَقِيمَ ثُمَّ لَآتِيَنَّهُم مِّن بَيْنِ أَيْدِيهِمْ وَمِنْ خَلْفِهِمْ وَعَنْ أَيْمَانِهِمْ وَعَن شَمَائِلِهِمْ وَلَا تَجِدُ أَكْثَرَهُمْ شَاكِرِينَ﴾ (Il dit : Puisque Tu m’as égaré, je me posterai assurément pour eux sur Ta voie droite. Puis je les assaillirai par-devant et par-derrière, par leur droite et par leur gauche, et Tu ne trouveras pas la plupart d’entre eux reconnaissants.) [الأعراف: 16-17] Puis il dit : ﴿وَلَأُضِلَّنَّهُمْ وَلَأُمَنِّيَنَّهُمْ وَلَآمُرَنَّهُمْ فَلَيُبَتِّكُنَّ آذَانَ الْأَنْعَامِ وَلَآمُرَنَّهُمْ فَلَيُغَيِّرُنَّ خَلْقَ اللَّهِ…﴾ (Je les égarerai assurément, je les bercerai de vains espoirs, je leur donnerai des ordres et ils fendront les oreilles des bestiaux ; je leur donnerai des ordres et ils modifieront la création de Dieu…) [النساء: 119] Et, immédiatement avant : ﴿وَلَأَتَّخِذَنَّ مِنْ عِبَادِكَ نَصِيبًا مَّفْرُوضًا﴾ (Je prendrai assurément, parmi Tes serviteurs, une part assignée.) [النساء: 118] Cette expression est lourde de sens : Une part assignée. Iblis ne parle pas seulement d’une tentation passagère. Il parle d’une part des serviteurs de Dieu. D’êtres humains qui entrent dans son projet. Puis le Coran dit : ﴿وَمَن يَتَّخِذِ الشَّيْطَانَ وَلِيًّا مِّن دُونِ اللَّهِ فَقَدْ خَسِرَ خُسْرَانًا مُّبِينًا (Quiconque prend Satan pour protecteur en dehors de Dieu subit une perte manifeste.) [النساء: 119-120] Il y a donc un projet. Et il y a ceux qui œuvrent en son sein. Il y a ceux qui prennent Satan pour protecteur. Et il y a ceux qui travaillent à égarer les hommes et à priver le message de son effet. 5. Où les juifs apparaissent-ils dans ce tableau ? Ici, je ne lis pas le mot « juifs » comme désignant une race. Les fils d’Israël sont un peuple, une filiation et une histoire. Les juifs, quant à eux, apparaissent dans le Coran dans des contextes liés à la croyance et à la position à l’égard de la révélation et du message. Le Coran mentionne des positions explicites : ﴿وَدَّ كَثِيرٌ مِّنْ أَهْلِ الْكِتَابِ لَوْ يَرُدُّونَكُم مِّن بَعْدِ إِيمَانِكُمْ كُفَّارًا﴾ (Beaucoup parmi les gens du Livre aimeraient vous ramener à la mécréance après votre foi.) [البقرة: 109] Il dit aussi : ﴿وَدَّت طَّائِفَةٌ مِّنْ أَهْلِ الْكِتَابِ لَوْ يُضِلُّونَكُمْ وَمَا يُضِلُّونَ إِلَّا أَنفُسَهُمْ وَمَا يَشْعُرُونَ﴾ (Un groupe parmi les gens du Livre aimerait vous égarer ; mais ils n’égarent qu’eux-mêmes, sans en avoir conscience.) [آل عمران: 69] Il dit encore : ﴿يَا أَهْلَ الْكِتَابِ لِمَ تَلْبِسُونَ الْحَقَّ بِالْبَاطِلِ وَتَكْتُمُونَ الْحَقَّ وَأَنتُمْ تَعْلَمُونَ﴾ (Ô gens du Livre, pourquoi mêlez-vous le vrai au faux et cachez-vous la vérité alors que vous savez ?) [آل عمران: 71] Puis il dit : ﴿لَتَجِدَنَّ أَشَدَّ النَّاسِ عَدَاوَةً لِّلَّذِينَ آمَنُوا الْيَهُودَ وَالَّذِينَ أَشْرَكُوا﴾ (Tu trouveras assurément que les plus hostiles des hommes envers ceux qui ont cru sont les juifs et ceux qui ont associé d’autres à Dieu.) [المائدة: 82] Lorsque je rapproche ces versets de ceux qui évoquent la part assignée, un lien clair se dessine dans ma méditation : Il existe des êtres humains qui œuvrent dans le sens contraire du message. Je considère ici que les juifs représentent, dans ce contexte, la part assignée dont le Coran a dévoilé l’action contre le message ; c’est pourquoi celui qui les suit se place dans l’hostilité à Dieu et à Son message. Il ne s’agit pas d’une lecture en termes de race. Il s’agit d’une lecture en termes de croyance, de position et d’action. 6. Pourquoi ce dévoilement faisait-il partie de la transmission ? Si Iblis a déclaré qu’il se posterait pour les hommes sur la voie droite de Dieu, s’il a déclaré qu’il prendrait parmi les serviteurs de Dieu une part assignée, et si le Coran nous dévoile des êtres humains qui œuvrent à l’égarement, à l’altération et à la dissimulation de la vérité, la transmission peut-elle se limiter à indiquer le chemin sans dévoiler ceux qui travaillent à le fermer ? De mon point de vue : non. La transmission ne consiste pas simplement à faire parvenir des paroles. Elle consiste à faire parvenir le message face à ceux qui lui résistent. Le Coran ne dit pas seulement à l’être humain : Voici le chemin. Il lui dévoile aussi : Et voici celui qui travaille à t’en éloigner. Je considère ici que le dévoilement de la part assignée appartient au tableau que l’être humain doit connaître pour comprendre la nature du conflit autour du message. 7. Le trou sans fin Revenons à l’image initiale. Un homme creuse un trou pour atteindre un objectif. Il creuse. Puis il creuse encore. Puis il s’approche. Mais quelqu’un se tient derrière lui et, chaque fois qu’il avance, commence à combler le trou. Celui qui creuse travaille. L’autre aussi travaille. Le premier creuse en direction de l’objectif. Le second efface ce que le premier a creusé. Si celui qui creuse sait comment creuser, mais ignore
que quelqu’un comble derrière lui, il peut passer toute sa vie à creuser sans parvenir à son but.
C’est ainsi que je comprends un aspect du conflit autour du message.
Le message parvient à destination.
Puis vient celui qui travaille à en modifier l’effet.
Vient celui qui altère.
Qui dissimule.
Qui égare.
Qui promet et berce de vains espoirs.
Et qui œuvre dans le sens annoncé par Iblis.
C’est pourquoi il ne suffit pas que la communauté connaisse le message.
Elle doit aussi savoir :
Qui travaille à le priver de son effet ?
- Le Messager a transmis : qui reste-t-il donc ?
Le Messager s’est acquitté de ce qui lui incombait.
Car le Coran dit :
﴿وَمَا عَلَى الرَّسُولِ إِلَّا الْبَلَاغُ الْمُبِينُ﴾ (Il n’incombe au Messager que la transmission explicite.)
Mais le Coran assigne à la communauté une autre fonction :
﴿وَكَذَٰلِكَ جَعَلْنَاكُمْ أُمَّةً وَسَطًا لِّتَكُونُوا شُهَدَاءَ عَلَى النَّاسِ وَيَكُونَ الرَّسُولُ عَلَيْكُمْ شَهِيدًا﴾ (Ainsi avons-Nous fait de vous une communauté du juste milieu, afin que vous soyez témoins à l’égard des hommes et que le Messager soit témoin à votre égard.) [البقرة: 143]
Il dit aussi :
﴿لِّيَكُونَ الرَّسُولُ شَهِيدًا عَلَيْكُمْ وَتَكُونُوا شُهَدَاءَ عَلَى النَّاسِ﴾ (Afin que le Messager soit témoin à votre égard et que vous soyez témoins à l’égard des hommes.) [الحج: 78]
Ici, le Coran nous fait passer de la transmission au témoignage.
Le Messager a transmis.
Et la communauté témoigne.
Cela signifie que la tâche de la communauté ne s’achève pas du seul fait que le message lui est parvenu.
- Témoigner de quoi ?
Le témoignage n’est pas un mot sans contenu.
Le Coran dit :
﴿كُونُوا قَوَّامِينَ بِالْقِسْطِ شُهَدَاءَ لِلَّهِ وَلَوْ عَلَىٰ أَنفُسِكُمْ﴾ (Soyez fermes dans l’équité, témoins pour Dieu, fût-ce contre vous-mêmes.) [النساء: 135]
Il dit aussi :
﴿وَلَا يَجْرِمَنَّكُمْ شَنَآنُ قَوْمٍ عَلَىٰ أَلَّا تَعْدِلُوا ۚ اعْدِلُوا هُوَ أَقْرَبُ لِلتَّقْوَىٰ﴾ (Que la haine envers un peuple ne vous pousse pas à être injustes. Soyez justes : cela est plus proche de la piété.) [المائدة: 8]
Le témoignage est donc une responsabilité.
Et le témoignage exige une connaissance.
La communauté ne peut témoigner à l’égard des hommes si elle ne connaît ni le message par lequel elle témoigne, ni le conflit auquel il a été confronté, ni les procédés employés pour le vider de son contenu.
C’est pourquoi je considère que le témoignage n’est pas une étape séparée de la transmission.
Il est ce qui vient après la transmission.
- Le témoignage commence par soi-même
Avant que la communauté ne soit témoin à l’égard des hommes, elle doit être témoin à son propre égard.
Car le Coran dit :
﴿وَكَذَٰلِكَ جَعَلْنَاكُمْ أُمَّةً وَسَطًا لِّتَكُونُوا شُهَدَاءَ عَلَى النَّاسِ﴾ (Ainsi avons-Nous fait de vous une communauté du juste milieu, afin que vous soyez témoins à l’égard des hommes.)
Le témoignage commence par la mise en œuvre de ce qui a été révélé.
Il ne suffit pas de porter le nom du message.
Il ne suffit pas non plus d’en connaître les textes.
Ni d’en parler.
La question est :
La communauté l’a-t-elle mis en œuvre ?
En a-t-elle préservé l’effet ?
A-t-elle laissé ceux qui travaillent à combler le chemin le faire sans qu’elle y prenne garde ?
C’est ici que l’épreuve devient réelle.
- La tromperie ne réside pas dans la disparition du Livre
La plus grande tromperie n’est pas que le Livre disparaisse.
Car le Livre est présent.
Les versets sont présents.
La récitation est présente.
Mais le danger est que le Livre demeure présent sur la langue et absent de la vie.
Que nous connaissions le verset sans voir ce qu’il dévoile.
Que nous lisions ce qui concerne Satan sans voir son projet.
Que nous lisions ce qui concerne la part assignée sans nous interroger sur son effet.
Que nous connaissions le chemin sans prêter attention à ceux qui le comblent.
La tromperie devient alors plus grande.
Car l’être humain peut croire qu’il avance sur le chemin, alors qu’en réalité il recommence chaque jour à creuser le même chemin.
- De la transmission au témoignage
Lorsque je rapproche ces versets les uns des autres, cet enchaînement se dessine devant moi :
Dieu a révélé.
Le Messager a reçu.
Le Messager a reçu l’ordre de transmettre.
Le Messager a affronté les hommes.
Le Coran a dévoilé le conflit autour de la révélation.
Iblis a annoncé une part assignée parmi les serviteurs de Dieu.
Des êtres humains sont apparus, œuvrant dans le sens annoncé par Iblis.
Et le Messager a accompli la transmission.
Puis la communauté s’est trouvée devant le témoignage.
Ici, je ne considère pas que le témoignage soit un simple titre attribué à la communauté.
C’est une responsabilité.
Car il n’a pas été demandé au Messager d’être témoin à l’égard des hommes de la même manière qu’il a été demandé à la communauté de l’être.
Lui a transmis.
Elle témoigne.
Lui s’est acquitté du message.
Elle porte la responsabilité de mettre en œuvre ce qui lui a été transmis et d’en témoigner.
Que reste-t-il à la communauté après le Messager ?
Il n’est resté aucun nouveau messager.
Aucune nouvelle révélation n’est descendue.
Aucun nouveau message n’a commencé.
Le message a été transmis.
Mais la communauté est restée.
Et il lui reste à connaître le message.
À le mettre en œuvre.
À témoigner par lui.
À connaître ce qui lui résiste.
À savoir qu’Iblis a annoncé une part assignée qui œuvre dans le sens qu’il a choisi.
À savoir que le conflit ne s’achève pas du seul fait que le Livre est parvenu à destination.
Car le message peut parvenir à l’être humain, puis le travail visant à le priver de son effet commence.
C’est pourquoi, après le Messager, la question n’est pas :
Le message nous est-il parvenu ?
Il nous est bel et bien parvenu.
La question la plus importante est :
Qu’en avons-nous fait une fois qu’il nous est parvenu ?
Avons-nous identifié ceux qui travaillent à le vider de son contenu ?
Avons-nous identifié ceux qui se tiennent derrière nous pour combler le chemin chaque fois que nous le creusons ?
Conclusion : le Messager a transmis, et la communauté témoigne toujours
Le Coran part de la révélation.
La révélation parvient au Messager.
Le Messager reçoit l’ordre de transmettre.
Le Messager accomplit la transmission.
Mais le Coran ne s’arrête pas à la transmission.
Il dévoile aussi le conflit autour du message.
Il dévoile l’altération.
Il dévoile la dissimulation de la vérité.
Il dévoile l’égarement.
Il dévoile le projet d’Iblis.
Il dévoile la part assignée.
Dans ce contexte, je considère que les juifs représentent un aspect de cette part assignée qui œuvre contre le message.
Puis vient le rôle de la communauté :
﴿لِّتَكُونُوا شُهَدَاءَ عَلَى النَّاسِ﴾ (Afin que vous soyez témoins à l’égard des hommes.).
Les choses deviennent alors claires :
Le Messager a transmis. Le Coran a dévoilé. Iblis a annoncé. La part assignée est apparue sous la forme d’êtres humains qui œuvrent dans son projet. Et la communauté est restée devant le témoignage.
Témoigner, ce n’est donc pas seulement connaître le message.
Témoigner, c’est connaître le message, le mettre en œuvre et voir ce qui agit contre lui.
Car il ne suffit pas à l’homme qui creuse le chemin de savoir comment creuser.
Il doit aussi savoir qui se tient derrière lui pour combler ce qu’il a creusé.
Sinon, il continuera à creuser indéfiniment.
C’est là que réside toute la question :
Le combat ne consiste pas seulement à faire parvenir le message à l’être humain, mais à faire en sorte que son effet demeure en lui.
C’est pourquoi la responsabilité ne s’est pas achevée lorsque le Messager a transmis.
Une autre responsabilité a au contraire commencé.
Le Messager a transmis. Et la communauté témoigne toujours.
Et le Coran se lit par le Coran.
