Le monde nouveau : fabriquer le chaos pour parvenir à la domination
La pensée satanique
Un texte de fiction analytique sur un système qui fabrique les crises avant de proposer la solution, et une lecture coranique du destin de la tyrannie.
Dans un monde régi par des intérêts cachés, une puissance mondiale apparut, convaincue que l’humanité ne pouvait être gouvernée que sous une autorité unique : un gouvernement mondial, une monnaie unique et un système numérique contrôlant tous les détails de la vie. Mais ce rêve ne pouvait se réaliser directement ; cette puissance s’appuya donc sur un principe ancien :
Fabrique le chaos, puis propose la solution.
Les grandes guerres : le commencement
Tout commença par les grandes guerres. Dans ce monde, la Première et la Seconde Guerre mondiale n’étaient pas de simples conflits entre États, mais des instruments destinés à redessiner la carte politique et économique du monde. Des millions de morts, l’effondrement d’empires et l’essor de nouvelles puissances. Après chaque guerre, les peuples en sortaient épuisés, prêts à accepter tout système leur promettant sécurité et stabilité.
Les discordes internes
Vint ensuite la phase des discordes internes. Cette puissance comprit que diviser les peuples de l’intérieur était plus efficace que de les affronter militairement. Les conflits confessionnels, ethniques et religieux furent donc alimentés par les médias, la politique et des financements secrets.
Au Moyen-Orient, par exemple, les discordes s’embrasèrent entre sunnites et chiites, et les différends historiques se transformèrent en conflits sanglants qui déchirèrent des pays entiers. Les médias amplifiaient la haine et rediffusaient les discours extrémistes, jusqu’à ce que la division fasse partie de la vie quotidienne.
Chaque camp croyait combattre pour défendre sa croyance, alors qu’en réalité — dans ce monde — certains tiraient profit de la persistance du chaos pour affaiblir tout le monde.
Les crises sanitaires
Le plan ne se limita pas aux guerres et aux discordes ; il s’étendit aussi aux crises sanitaires. Des virus mystérieux apparurent, frappant le monde de temps à autre ; certains étaient naturels, tandis que d’autres — selon les rumeurs circulant dans ce monde — avaient été développés dans des laboratoires secrets pour susciter la panique et remodeler l’ordre mondial.
Lorsque la grande pandémie déferla sur le monde, les populations vécurent dans une peur sans précédent. Les villes furent fermées, les économies s’arrêtèrent, et les êtres humains devinrent entièrement dépendants des systèmes numériques pour se nourrir, se soigner et travailler.
Les médias jouèrent le rôle le plus dangereux : chaque écran devint un instrument de diffusion permanente de la peur, avec les chiffres des décès, les images des hôpitaux, les avertissements quotidiens et les experts réclamant davantage de contrôle et de mesures strictes. Avec le temps, les populations acceptèrent les nouveaux systèmes de surveillance en échange d’un sentiment de sécurité.
L’économie, l’énergie et les voies de passage
Mais la domination véritable ne s’exerçait pas seulement par la santé ou les médias : elle passait aussi par l’économie et l’énergie. Dans ce monde sombre, la puissance cachée comprit qu’étouffer les voies du commerce mondial pouvait ébranler le monde sans tirer une seule balle.
Les passages maritimes comme le détroit d’Ormuz, Bab el-Mandeb et le canal de Suez devinrent ainsi de puissants instruments de pression. La seule menace de fermer le détroit d’Ormuz suffisait à faire monter les prix du pétrole dans le monde et à déclencher des crises économiques. L’interruption du passage par Bab el-Mandeb ou le canal de Suez paralysait le commerce international et retardait l’acheminement des denrées alimentaires, de l’énergie et des marchandises.
Chaque crise poussait le monde à dépendre davantage de « l’ordre mondial unifié », qui promettait de protéger le commerce et d’assurer la stabilité.
Les traits de cette puissance
Dans le cadre de ce monde, cette puissance peut être dépeinte non comme un simple gouvernement ou une organisation ordinaire, mais comme un système de pensée complexe, convaincu que la domination totale des êtres humains est la voie permettant de créer « l’ordre idéal ». Plusieurs qualificatifs peuvent lui être attribués :
Excluante, parce qu’elle considère les différents peuples, cultures et identités comme une source de chaos et cherche donc à les fondre tous dans un système unique soumis à des lois uniformes et à une pensée unique.
Élitiste et intellectuellement raciste, puisqu’elle se considère comme « la plus intelligente » et « la plus légitime » pour diriger le monde, et regarde le reste de l’humanité comme des masses qu’il faut orienter et contrôler, non comme des peuples libres capables de décider de leur destin.
Froide sur le plan affectif, elle se soucie moins de la morale que des résultats. Pour elle, les guerres, les épidémies et les crises ne sont pas des tragédies humaines, mais des instruments permettant de remodeler le monde.
Elle sacralise la puissance et la technologie : elle considère la technologie, l’intelligence artificielle et les données comme plus importantes que les valeurs humaines traditionnelles, et croit que quiconque possède l’information possède les êtres humains.
Elle tend vers la pensée satanique au sens symbolique que lui donne la littérature de fiction, non nécessairement dans un sens directement religieux, mais au sens d’une rébellion contre les valeurs humaines et spirituelles, réduisant l’être humain à un simple numéro ou à un instrument au sein d’un immense système sans âme.
Dans un monde où l’être humain a perdu sa liberté, cette puissance est souvent représentée comme utilisant les médias pour fabriquer la vérité, exploitant la peur pour abolir les libertés, semant les divisions pour justifier la domination et se présentant comme un sauveur alors qu’elle est la principale bénéficiaire du chaos.
La dernière phase : la solution mondiale
Après des années de guerres, d’épidémies et d’effondrements économiques, les peuples étaient épuisés et effrayés. C’est alors qu’apparut l’idée du gouvernement mondial comme « ultime sauveur ».
On dit aux populations : un État unique signifie l’absence de guerres. Une monnaie unique signifie une économie stable. Un système numérique unique signifie une sécurité sanitaire et alimentaire mondiale. Sous l’effet d’une peur persistante, beaucoup acceptèrent de renoncer à une grande partie de leurs libertés.
Chaque être humain eut désormais une identité numérique liée à son compte financier, à son dossier médical et à ses déplacements quotidiens. L’intelligence artificielle se mit à surveiller les villes, les marchés et les médias, tandis que la technologie devenait l’autorité véritable au-dessus de tous.
À la fin, le monde paraissait plus stable et mieux organisé, mais il avait perdu quelque chose d’essentiel : la liberté de l’être humain de vivre loin du regard de l’ordre mondial, qui savait désormais tout.
Une lecture dans une perspective coranique
Dans une perspective islamique, le Coran rejette toute puissance fondée sur l’injustice, la tyrannie, la corruption sur terre et la domination des êtres humains par la coercition et la tromperie. Dans la conception coranique, tout système qui se place au-dessus de la vérité et de la justice, asservit les populations ou répand les discordes pour acquérir de l’influence constitue une forme de tyrannie et de corruption.
Le Coran évoque des figures aux comportements semblables, telles que la tyrannie de Pharaon et de Nemrod, qui voulait contrôler les populations et les soumettre par la peur et la force, l’arrogance de Coré fondée sur la richesse et l’influence, ainsi que le recours à la mystification et à une magie médiatique et psychologique pour soumettre les peuples.
﴿إِنَّ فِرْعَوْنَ عَلَا فِي الْأَرْضِ وَجَعَلَ أَهْلَهَا شِيَعًا﴾ (Pharaon s’était élevé avec arrogance sur terre et avait divisé ses habitants en factions.) [القصص: ٤]
C’est-à-dire qu’il divisa les populations en groupes antagonistes pour les contrôler plus facilement. Ailleurs, le Coran met en garde contre la corruption et la propagation des discordes :
﴿وَاللَّهُ لَا يُحِبُّ الْفَسَادَ﴾ (Et Dieu n’aime pas la corruption.) [البقرة: ٢٠٥]
Dans la conception islamique, une puissance qui fonde son autorité sur la peur, la propagation des discordes, l’injustice, le contrôle des moyens de subsistance et la corruption des valeurs et de la morale peut paraître forte pendant un temps, mais elle porte finalement en elle les causes de sa chute.
﴿وَتِلْكَ الْأَيَّامُ نُدَاوِلُهَا بَيْنَ النَّاسِ﴾ (Ces jours-là, Nous les faisons alterner parmi les hommes.) [آل عمران: ١٤٠]
Cela signifie que la puissance change de mains et qu’il n’existe aucune hégémonie éternelle pour les êtres humains ou les empires.
Une fin possible
Dans cette fiction, la fin de cette puissance pourrait ressembler à celle des tyrans dans les récits coraniques : elle s’étend jusqu’à se croire invincible, surveille tout et exerce sa domination sur l’économie et les médias, puis commence à se désagréger de l’intérieur sous l’effet de l’injustice, de l’avidité et des conflits internes.
Sa fin pourrait survenir par un éveil des populations et leur refus de l’asservissement, par l’effondrement du système en raison de sa corruption interne, ou par un événement majeur qui rétablit l’équilibre et dévoile la vérité.
Dans la vision islamique en général, le dénouement ultime n’est pas entre les mains des puissances humaines, quelle que soit leur force, mais entre celles de Dieu ; la justice et la vérité sont ce qui demeure à la fin, tandis que la tyrannie disparaît, si immense et si puissante qu’elle puisse paraître.
