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Quand le Coran devient un miroir

Pouvoir, religion et civilisation

Langue du contenuOriginal: العربية
NarrateurFrançais

Gaza et la mise à l’épreuve des cœurs décrits par le Coran il y a quatorze siècles : le texte face à la réalité.

Il est des moments dans l’histoire où la question n’est plus : qu’a dit le texte ? Une question plus cruelle s’impose alors : l’être humain peut-il regarder ce qui se déroule sous ses yeux et rester capable de nier ce que le Coran a décrit des siècles auparavant ?

Gaza : quand la tragédie devient une réalité visible

Gaza, aujourd’hui, n’est pas une simple nouvelle passagère dans les journaux télévisés, ni un chiffre nouveau ajouté au long registre des chiffres de la guerre. Gaza est devenue l’image condensée d’une tragédie humaine qui se prolonge depuis le 7 octobre 2023, et la question qu’elle impose au monde est devenue plus cruelle : qu’advient-il de l’être humain lorsque tuer un autre être humain devient un acte que l’on peut justifier, et à quel moment la guerre cesse-t-elle d’être un affrontement militaire pour devenir une destruction des conditions mêmes de la vie ?

Au cours de cette guerre, la scène ne s’est pas limitée à des affrontements entre combattants. La bande de Gaza a vu un nombre immense de Palestiniens tués, dont de nombreux enfants, et des dizaines de milliers de blessés, tandis que des quartiers entiers, des maisons, des écoles, des hôpitaux, des réseaux d’eau et d’assainissement ainsi que des installations vitales étaient détruits ou endommagés.

Mais les chiffres, si élevés soient-ils, ne peuvent à eux seuls rendre l’ampleur de la tragédie. Derrière chaque chiffre, il y a un être humain. Derrière chaque personne tuée, une mère, un père, un enfant, un frère ou une sœur. Derrière chaque maison détruite, une famille qui a perdu ce lieu qu’elle appelait son foyer. Derrière chaque enfant blessé, un avenir qui aurait dû commencer, mais qui commence sur un lit d’hôpital ou parmi les décombres d’une maison.

Des enfants sous les bombardements

L’une des images les plus douloureuses de cette guerre est que les enfants n’ont pas été épargnés par ses effets. Le 6 septembre 2026, Youssef Aqila et sa fille Wafaa, âgée de huit ans, ont été tués dans une frappe israélienne sur la ville de Gaza, selon des responsables sanitaires cités par Reuters. Six autres personnes ont été blessées. L’armée israélienne a déclaré que la frappe visait un homme armé du Hamas et qu’elle en évaluait les résultats. Le même jour, d’autres personnes ont été tuées, dont une fillette de sept ans.

Auparavant, en juillet 2026, une famille palestinienne entière avait été tuée dans une frappe aérienne sur la ville de Gaza : un père, une mère et leurs quatre enfants, selon les secouristes cités par Reuters.

Dès lors, la question n’est plus simplement militaire : que signifie le fait qu’un enfant fasse partie du tableau de la guerre ? Un enfant qui n’a pas choisi la guerre. Qui n’a pas choisi la politique. Qui n’a pas choisi le Hamas. Qui n’a pas choisi Israël. Et qui n’a pas choisi de naître à Gaza. Pourtant, il peut se retrouver sous les décombres.

D’une maison à une tente

La tragédie ne s’est pas limitée aux morts. Il en est une autre : l’arrachement de l’être humain à son foyer. Des familles sont contraintes de partir d’une zone vers une autre, puis se voient obligées de repartir. Une maison est démolie. Puis un quartier. Puis une ville dont les contours se transforment. Et le lieu qui portait les souvenirs de la famille devient un amas de décombres.

Les rapports des Nations unies indiquent que la plupart des habitants de Gaza sont toujours déplacés et vivent dans des conditions éprouvantes, alors que les opérations militaires se poursuivent et que les services essentiels se dégradent.

Lorsque l’être humain perd sa maison, il ne perd pas seulement des murs ; il perd le lieu où ses enfants sont nés, la rue où ils ont joué, l’école qu’ils ont fréquentée et ce lieu dont il disait : c’est chez moi.

La destruction des conditions de la vie

Plus grave encore, la destruction ne s’est pas limitée aux habitations. Elle a frappé les secteurs essentiels de la vie. Les hôpitaux ont été endommagés. Les centres de santé ont subi des attaques. Les réseaux d’eau et d’assainissement ont été détruits ou endommagés. Et l’infrastructure médicale dont ont besoin le blessé, la femme, l’enfant et le malade est devenue incapable de répondre à des besoins immenses.

Selon des données de Médecins sans frontières rapportées par l’Agence de presse du Qatar en mai 2026, environ 90 % des infrastructures de santé de Gaza ont été détruites ou endommagées, et la majorité des hôpitaux sont hors service ou fonctionnent avec des capacités extrêmement limitées.

Ce chiffre, à lui seul, révèle quelque chose d’une extrême gravité : lorsqu’un hôpital est détruit, ce n’est pas seulement un bâtiment qui est détruit ; c’est la capacité de sauver un être humain. Lorsqu’un réseau d’eau est détruit, ce ne sont pas seulement des canalisations qui sont détruites ; l’être humain est menacé par la soif et la maladie. Lorsque les écoles sont détruites, ce ne sont pas seulement des murs qui sont détruits ; c’est une part de l’avenir d’une génération entière. Lorsque les maisons sont détruites, ce ne sont pas seulement des pierres qui sont détruites ; des familles sont arrachées à leur vie.

Gaza, qui ne se ressemble plus

Des estimations publiées en 2026 indiquent qu’environ 81 % des bâtiments de Gaza ont été détruits ou endommagés, proportion qui englobe des habitations et diverses installations. Ainsi, la guerre a dépassé la question : combien de personnes ont été tuées ? La question est devenue : que reste-t-il des conditions nécessaires à la vie ?

Car l’être humain peut survivre aux bombardements, mais il a besoin d’une maison, d’un hôpital, d’eau, d’une école, de nourriture, d’une route et d’un lieu où il se sente en sécurité. Lorsque toutes ces choses sont détruites, la guerre ne vise pas seulement la vie humaine en un instant donné ; elle frappe les conditions qui rendent la vie possible à la base.

Même après le cessez-le-feu, la tragédie n’a pas pris fin

Le plus douloureux est que le cessez-le-feu n’a pas signifié la fin des morts. Le 6 septembre 2026, des mois après le début du cessez-le-feu entré en vigueur en octobre 2025, les frappes israéliennes se poursuivaient à Gaza et des civils, dont des enfants, étaient tués. Selon Reuters, plus de 1 300 Palestiniens ont été tués depuis le début du cessez-le-feu, pour la plupart des civils, d’après des responsables sanitaires palestiniens.

Autrement dit, celui qui pensait avoir survécu à la guerre s’est retrouvé vivant encore sous sa menace. Même le calme n’était plus synonyme de sécurité.

Gaza n’est pas simplement une ville détruite. Gaza, ce sont des familles qui ont perdu leurs enfants. Gaza, ce sont des enfants qui ont perdu leur père et leur mère. Gaza, ce sont des pères qui ont enterré leurs enfants. Gaza, c’est une mère qui cherche son enfant parmi les décombres. Gaza, c’est un enfant dont le corps a survécu, mais qui portera toute sa vie les traces de la guerre dans sa mémoire. Gaza, c’est un hôpital qui tente de fonctionner malgré un immense manque de moyens. Gaza, c’est une maison dont il ne reste qu’un pan de mur. Gaza, c’est un être humain qui emporte ce qu’il a pu prendre dans sa maison, puis marche à la recherche d’un autre endroit où il puisse vivre.

Voilà l’image que nous devons placer devant le monde avant de parler de politique ; car la politique peut se discuter, mais la mort d’un enfant ne demande pas de débat.

Quand le Coran devient un miroir du présent

Dans la première partie, nous n’étions ni devant un récit historique ni devant une controverse religieuse. Nous étions devant des faits : des enfants tués. Des familles déplacées. Des maisons rasées. Des hôpitaux mis hors service ou ne fonctionnant plus qu’avec des capacités limitées. Des infrastructures détruites. Et une société entière à la recherche des conditions les plus élémentaires de la vie : l’eau, la nourriture, les médicaments, un abri et la sécurité.

Mais la question se déplace maintenant vers un autre niveau : qu’a dit le Coran il y a plus de quatorze siècles ? Ce que nous observons aujourd’hui à Gaza n’est-il qu’une succession d’événements politiques et militaires distincts, ou pouvons-nous y voir des schémas de comportement humain que le Coran a décrits avec une précision saisissante ?

Nous ne présupposerons pas la conclusion. Nous ne chercherons pas non plus un verset que nous plaquerions de force sur un événement contemporain. Nous prendrons plutôt le texte coranique tel qu’il est, puis nous placerons devant lui la réalité telle qu’elle est, et nous laisserons la comparaison parler d’elle-même.

Premièrement : la dureté du cœur

﴿ثُمَّ قَسَتْ قُلُوبُكُم مِّن بَعْدِ ذَٰلِكَ فَهِيَ كَالْحِجَارَةِ أَوْ أَشَدُّ قَسْوَةً﴾ (Puis, après cela, vos cœurs se sont endurcis : ils sont comme les pierres, ou plus durs encore.) [البقرة: ٧٤]

La dureté n’est pas ici le simple recours à la force. C’est un état dans lequel le cœur devient moins réceptif à la vérité, à la douleur et à la miséricorde. Et la question que Gaza place devant nous est celle-ci : qu’advient-il de l’être humain lorsqu’il voit un enfant sous les décombres, puis peut continuer à tuer comme si rien ne s’était passé ?

Comment l’être humain peut-il voir l’hôpital détruit, le blessé qui ne trouve aucun lieu où se faire soigner, la famille qui a perdu sa maison, puis laisser tout cela se transformer en simples chiffres dans un discours politique ? Nous ne prétendons pas connaître ce qui se trouve dans les cœurs ; Dieu seul connaît les cœurs. Mais nous pouvons regarder les actes.

La description coranique de la dureté devient alors une question morale qui se pose à nous dans le présent : la dureté peut-elle devenir un système lorsque la douleur se répète au point que l’être humain perd sa capacité d’en être affecté ?

Deuxièmement : détourner les paroles de leur place

﴿يُحَرِّفُونَ الْكَلِمَ عَن مَّوَاضِعِهِ﴾ (Ils détournent les paroles de leur place.) [المائدة: ١٣]

La parole peut être un instrument de dévoilement de la vérité, et elle peut devenir un instrument de dissimulation. Nous trouvons ici l’une des batailles les plus graves de Gaza : la bataille pour nommer les choses. Comment nommons-nous le fait de tuer des civils ? Comment nommons-nous la destruction d’une maison ? Comment nommons-nous le déplacement d’une famille ? Comment nommons-nous le fait de contraindre des personnes à passer d’une zone à une autre ? Et comment nommons-nous la transformation d’une terre dévastée en un lieu où l’être humain ne peut pas vivre ?

Suffit-il de changer le nom pour que la réalité change ? Si le déplacement est appelé « évacuation », si la destruction est appelée « dommage collatéral », et si la mort des enfants devient une conséquence acceptable pour atteindre un objectif militaire, la réalité a-t-elle changé parce que les mots ont changé ?

Le verset devient ici davantage qu’un texte historique : il est une mise en garde contre la capacité de l’être humain à modifier le rapport du langage à la vérité.

Troisièmement : la rupture du pacte

Le Coran ne considère pas l’engagement comme un simple document politique. L’engagement est une responsabilité, et le respecter constitue une épreuve morale. C’est pourquoi tout accord de cessez-le-feu place les parties devant une question simple : cet accord est-il un engagement réel, ou une simple période provisoire après laquelle les mises à mort se reproduisent ?

Si le cessez-le-feu signifie l’arrêt des mises à mort, continuer à tuer des civils après son entrée en vigueur n’est pas un simple incident isolé ; cela devient une interrogation sur le sens même de l’engagement.

Quatrièmement : semer la corruption sur terre

﴿وَإِذَا تَوَلَّىٰ سَعَىٰ فِي الْأَرْضِ لِيُفْسِدَ فِيهَا وَيُهْلِكَ الْحَرْثَ وَالنَّسْلَ ۗ وَاللَّهُ لَا يُحِبُّ الْفَسَادَ﴾ (Lorsqu’il se détourne, il s’emploie à semer la corruption sur terre et à détruire les cultures et la descendance. Et Dieu n’aime pas la corruption.) [البقرة: ٢٠٥]

Ce verset ouvre une question d’une extrême gravité : que se passe-t-il lorsque la destruction ne se limite plus à un objectif militaire, mais s’étend aux conditions mêmes de la vie ? Les cultures. La descendance. L’eau. La nourriture. L’hôpital. L’école. La maison. La route. L’infrastructure qui permet à une société de se perpétuer.

Lorsque tous ces éléments sont détruits ensemble, nous ne parlons pas seulement de la perte d’une bataille. Nous parlons de la destruction des conditions de la vie. La comparaison avec le verset mérite alors d’être étudiée.

Mais une question plus grave encore se pose

Le Coran parlait-il d’événements qui surviendraient quatorze siècles plus tard ? Ce que nous cherchons n’est pas une prophétie politique fabriquée, mais quelque chose de plus profond : le Coran a-t-il décrit une nature humaine et des schémas moraux susceptibles de se répéter au fil de l’histoire ?

Si la réponse est oui, la valeur du texte ne s’arrête pas à l’époque de sa révélation ; car l’être humain peut changer ses instruments : l’épée devient un avion, la catapulte devient un missile, le siège ancien devient un dispositif moderne, et le discours oral devient un système médiatique mondial. Mais la question demeure la même : le cœur humain a-t-il changé ?

Gaza face au Coran

Nous arrivons ici au cœur de cet article. Nous étudions des actes précis commis par des autorités, des forces et des individus, puis nous demandons : ces actes correspondent-ils aux schémas moraux décrits par le Coran ? C’est là une distinction fondamentale.

Car le Coran n’a pas besoin que nous falsifiions la réalité pour lui. Il n’a pas besoin que nous haïssions qui que ce soit pour croire en lui. Il n’a pas besoin que nous lui ajoutions ce qu’il n’a pas dit. Il suffit de placer le texte et la réalité côte à côte, puis de demander : lorsque le Coran décrit la dureté du cœur, le détournement des paroles de leur place, la rupture de l’engagement et la corruption semée sur terre, et que nous voyons ensuite sous nos yeux des mises à mort, des déplacements et une destruction massive des conditions de la vie, sommes-nous devant la répétition d’un schéma humain contre lequel le Coran a mis en garde ?

Telle est la question. Nous n’avons pas le droit de la fuir. Nous n’avons pas non plus le droit d’y répondre avant d’examiner les preuves. Car le Coran ne craint pas la comparaison, et la vérité n’a pas besoin d’être protégée par des mots ; elle exige plutôt que nous placions le texte et la réalité face à face, puis que nous laissions l’être humain juger d’après ce qu’il voit.

Conclusion : Gaza face au Coran et à la conscience du monde

Nous revenons ici au Coran. Non pour en faire une arme contre un peuple, ni pour juger de ce qui se trouve dans les cœurs humains ; car Dieu seul connaît les cœurs et ce que cachent les poitrines. Nous y revenons parce que le Coran décrit des actes et des états humains, et leur applique une mesure morale qui ne change pas avec le temps.

Le cœur dur, dans l’image coranique, n’est pas un cœur qui ignore la vérité ; c’est un cœur qui voit et ne change pas. Qui entend et ne répond pas. Qui est témoin de la douleur, puis demeure capable de continuer.

Une autre bataille apparaît ici : la bataille des mots. Comment nommons-nous le déplacement d’un être humain hors de son foyer ? Comment nommons-nous la destruction du lieu où il vit ? Et comment nommons-nous le fait de tuer des civils lorsque leur mort est toujours présentée comme une simple conséquence collatérale ? Le déplacement devient-il une « évacuation » du seul fait que le mot a changé ? La destruction devient-elle une « défense » du seul fait que le discours politique l’a ainsi qualifiée ? Lorsque la parole se sépare de la vérité, elle peut cesser d’être un moyen de dévoiler la réalité pour devenir un moyen de la dissimuler.

Vient ensuite la troisième question : que signifie l’engagement lorsque le cessez-le-feu lui-même devient incapable de protéger les civils ? Si l’on dit aux gens que la guerre s’est arrêtée, puis que les morts continuent, que reste-t-il du sens de cet arrêt ? Si l’on dit qu’il y a la paix, tandis que l’être humain vit dans la crainte de perdre sa maison ou sa vie l’instant suivant, de quelle paix s’agit-il ?

﴿وَاللَّهُ لَا يُحِبُّ الْفَسَادَ﴾ (Et Dieu n’aime pas la corruption.) [البقرة: ٢٠٥]

Car semer la corruption ne consiste pas simplement à ruiner des pierres. Lorsque les maisons, les hôpitaux, les écoles, les réseaux d’eau et l’infrastructure sur laquelle repose la vie de la société sont détruits, la question dépasse l’ampleur de la destruction pour en ouvrir une autre : que se passe-t-il lorsque c’est la vie elle-même qui est soumise à la destruction ?

﴿وَقَالَتِ الْيَهُودُ يَدُ اللَّهِ مَغْلُولَةٌ ۚ غُلَّتْ أَيْدِيهِمْ وَلُعِنُوا بِمَا قَالُوا﴾ (Les Juifs ont dit : « La main de Dieu est entravée. » Que leurs mains soient entravées, et qu’ils soient maudits pour ce qu’ils ont dit.) [المائدة: ٦٤]

Le Coran attribue un propos précis, puis énonce le jugement divin porté sur ce propos. Nous laissons le Coran faire ce qu’il fait toujours : décrire le propos et l’acte, puis les juger. Voilà la différence entre la lecture coranique et le fanatisme : nous n’avons pas besoin de savoir ce qui se trouve dans le cœur d’un être humain ; nous avons besoin de regarder ce qu’il a fait.

Et la question s’adresse aux détenteurs de la puissance

Cet article ne peut donc se terminer sans une question directe à ceux qui ont la capacité d’influer sur la situation : à l’administration américaine, aux gouvernements qui peuvent exercer des pressions, aux États qui peuvent arrêter ou restreindre les livraisons d’armes, et à quiconque possède une influence lui permettant de changer quelque chose, puis choisit le silence ou se contente de déclarations.

Si vous pouvez intervenir, pourquoi ne le faites-vous pas ? Si vous pouvez exercer des pressions pour que cesse la mise à mort de civils, pourquoi n’utilisez-vous pas votre puissance ? Si vous refusez le déplacement forcé, suffit-il de le dire ? Ou bien ce refus exige-t-il une position politique qui empêche qu’il se produise ? Et si vous parlez de paix, la paix signifie-t-elle que le Palestinien reste sur sa terre et dans sa maison ?

La véritable puissance, c’est de pouvoir dire à son allié : assez. De pouvoir arrêter l’injustice lorsqu’on a la capacité de l’arrêter. De faire de la protection des civils un principe qui ne varie pas selon l’identité de la victime.

Le Coran n’a pas besoin de Gaza pour établir sa vérité

Le Coran n’a pas besoin de Gaza pour être vrai. Nous ne devons pas non plus regarder la mort des enfants comme une « preuve » dont nous nous réjouirions. C’est plutôt Gaza qui a conduit beaucoup de personnes à porter un regard nouveau sur certains versets du Coran.

Lorsque nous lisons ﴿فَهِيَ كَالْحِجَارَةِ أَوْ أَشَدُّ قَسْوَةً﴾ (Ils sont comme les pierres, ou plus durs encore.), puis que nous voyons un être humain capable de regarder la tragédie se répéter sans changer de position, nous comprenons le sens de la dureté de manière plus immédiate. Et lorsque nous lisons ﴿يُحَرِّفُونَ الْكَلِمَ عَن مَّوَاضِعِهِ﴾ (Ils détournent les paroles de leur place.), puis que nous observons comment les mots peuvent servir à redéfinir les mises à mort, les déplacements et la destruction, nous comprenons que la bataille pour la vérité n’est pas moins importante que la bataille pour la terre.

Ce n’est pas à nous de juger les cœurs ; Dieu est celui qui les connaît. Mais les actes sont sous nos yeux. L’histoire les consigne. Les victimes les connaissent. Les images les conservent. Et les paroles prononcées pour les justifier sont conservées.

Gaza n’est pas une épreuve pour les seuls Palestiniens

C’est une épreuve pour Israël, une épreuve pour les États-Unis, une épreuve pour l’Europe, une épreuve pour le monde arabe, une épreuve pour tout gouvernement qui brandit le mot d’ordre des droits humains, une épreuve pour tout professionnel des médias qui dispose d’une tribune, et une épreuve pour tout être humain qui peut parler et choisit le silence. Mais, avant tout cela, c’est une épreuve pour la conscience humaine.

Car la question n’est plus : êtes-vous avec Israël ou avec la Palestine ? La question est plus simple et plus profonde : que faites-vous lorsque vous voyez un être humain tué parce qu’il est né de l’autre côté du conflit ? Cherchez-vous une justification ? Ou cherchez-vous un moyen de le sauver ? Vous interrogez-vous d’abord sur son identité ? Ou voyez-vous d’abord qu’il est un être humain ?

Gaza ne demande pas au monde d’aimer les Palestiniens. Elle demande quelque chose de plus élémentaire : que le monde reconnaisse que le Palestinien est un être humain. Que l’enfant palestinien est un enfant. Que la mère palestinienne est une mère. Que le père palestinien est un père. Que la maison palestinienne est une maison. Que la vie palestinienne a une valeur. Que le déplacement n’est pas la paix. Que tuer des civils ne se réduit pas à un chiffre. Et que détruire les conditions de la vie n’est pas un détail militaire que l’on peut effacer de la mémoire en changeant les termes.

Et que la puissance qui peut empêcher l’injustice, puis choisit de ne pas le faire, ne peut s’attendre à ce que l’histoire oublie sa position. Car l’histoire ne demande pas seulement : qui a tué ? Elle demande aussi : qui pouvait empêcher que l’on tue et ne l’a pas fait ?

Vous pouviez intervenir… pourquoi ne l’avez-vous pas fait ? Et la question la plus cruelle est peut-être celle-ci : lorsque vous avez vu l’enfant sous les décombres, quel cœur avez-vous choisi d’être ?