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Distinguer, non généraliser : un critère coranique pour comprendre le conflit

Le Coran de l’intérieur

Langue du contenuOriginal: العربية
NarrateurFrançais

Comment le critère coranique empêche de glisser vers les jugements collectifs et distingue la déviation doctrinale de l’appartenance ethnique.

Introduction

Au milieu des discours tendus sur le conflit dans la région, le besoin se fait sentir d’un critère précis qui règle la compréhension et empêche de glisser vers la généralisation. Lorsque les questions politiques se mêlent à la religion, elles peuvent aisément se transformer en jugements collectifs, alors que le Coran lui-même affermit le principe de distinction et de justice.

Nous n’accusons pas les chrétiens en tant que race et ne tenons pas un discours raciste. Le christianisme est une loi religieuse, et ses fidèles appartiennent à de multiples peuples : parmi eux se trouvent des croyants pratiquants, des laïques, des opposants au sionisme et des partisans de celui-ci. La généralisation ethnique ou religieuse est une faute morale, contraire au critère coranique, qui repose sur la distinction et le refus de porter des jugements collectifs.

Mais le Coran — dans son analyse historique des doctrines — a signalé des formes d’hostilité doctrinale, qu’il a rattachées à des positions intellectuelles et méthodologiques, non à une appartenance ethnique.

Une configuration doctrinale, non un jugement ethnique

﴿لَتَجِدَنَّ أَشَدَّ النَّاسِ عَدَاوَةً لِّلَّذِينَ آمَنُوا الْيَهُودَ وَالَّذِينَ أَشْرَكُوا﴾ (Tu trouveras assurément que les plus hostiles des hommes envers ceux qui croient sont les juifs et ceux qui ont associé d’autres à Dieu.) [المائدة: ٨٢]

Le verset traite donc d’un contexte historique et d’une configuration doctrinale, non d’un jugement absolu porté sur chaque individu. L’hostilité, ici, ne tient pas au fait que les musulmans sont « musulmans » de nom, mais à ce qu’ils sont « croyants » — c’est-à-dire porteurs d’un message de l’unicité divine qui entre en concurrence avec des systèmes religieux et politiques établis. Le Coran critique ainsi une altération doctrinale et comportementale survenue chez les fils d’Israël au cours de l’histoire, tout comme il a critiqué des déviations chez d’autres communautés ; cette critique vise l’écart par rapport à l’unicité divine et à la justice, non l’identité ethnique.

﴿وَلَتَجِدَنَّ أَقْرَبَهُم مَّوَدَّةً لِّلَّذِينَ آمَنُوا الَّذِينَ قَالُوا إِنَّا نَصَارَىٰ﴾ (Et tu trouveras assurément que les plus proches d’entre eux par l’affection envers ceux qui croient sont ceux qui ont dit : « Nous sommes chrétiens. ») [المائدة: ٨٢]

Cela tient au fait que le message de Jésus, sur lui la paix, reposait à l’origine sur la miséricorde, l’ascèse et la tolérance, et que sa structure spirituelle est moins liée au pouvoir politique que certaines lectures dans lesquelles la religion s’est imbriquée dans un projet politique national.

Un point délicat : le sionisme chrétien

Lorsqu’un chrétien adopte un discours politique fondé sur des interprétations littérales de l’Ancien Testament et lie la foi à un projet géopolitique qui considère la terre comme l’objet d’une promesse divine exclusive, il n’agit pas dans l’esprit du message de Jésus tel que les musulmans le comprennent, mais dans le cadre d’une lecture théologico-politique plus proche de la pensée sioniste fondée sur la Torah. C’est ce que l’on appelle aujourd’hui le sionisme chrétien, courant politico-théologique déterminé qui ne représente pas l’ensemble du christianisme.

De même qu’il existe des chrétiens acquis au sionisme, il existe aussi des musulmans qui adoptent le récit sioniste sur le plan politique ou intellectuel et reproduisent des concepts qui ne procèdent pas d’un critère coranique, mais de lectures politiques contemporaines ; l’alignement politique ne se mesure donc pas à la seule appartenance religieuse.

Il ne s’agit donc pas de chrétiens opposés à des musulmans, ni d’un conflit doctrinal inné entre les fidèles des différentes religions, mais de systèmes intellectuels et politiques qui adoptent une lecture particulière des textes et la transforment en projet de conflit et de domination.

Le Coran ne fonde donc pas une hostilité ethnique, mais met en garde contre des alliances intellectuelles dévoyées et des déviations doctrinales qui conduisent à l’injustice et à l’agression ; il affirme que chaque communauté compte des justes et des modérés, et que les hommes ne sont pas tous semblables. Le danger aujourd’hui ne réside pas dans l’existence d’un désaccord religieux — cela est ancien —, mais dans la transformation de ce désaccord en projet de guerre religieuse généralisée.

Il incombe à l’intellectuel musulman de refuser le racisme envers les communautés confessionnelles et les groupes ethniques, de distinguer le christianisme comme message spirituel du sionisme chrétien comme courant politique, et de maintenir le conflit dans son cadre politique et juridique, non dans celui d’une diabolisation collective.

La précision de l’expression coranique entre « les juifs » et « les fils d’Israël »

Dans le verset précédent, Dieu n’a pas dit « les fils d’Israël », et cette différence est fondamentale dans ce contexte. L’expression les fils d’Israël désigne une communauté de filiation et un peuple ; Dieu a mentionné parmi eux les justes comme les mauvais :

﴿وَمِن قَوْمِ مُوسَىٰ أُمَّةٌ يَهْدُونَ بِالْحَقِّ وَبِهِ يَعْدِلُونَ﴾ (Et parmi le peuple de Moïse se trouve une communauté dont les membres guident selon la vérité et, par elle, rendent justice.) [الأعراف: ١٥٩]

﴿مِنْهُمُ الْمُؤْمِنُونَ وَأَكْثَرُهُمُ الْفَاسِقُونَ﴾ (Parmi eux se trouvent des croyants, mais la plupart d’entre eux sont des transgresseurs.) [آل عمران: ١١٠]

S’il s’agissait d’un jugement ethnique général, Il aurait donc dit « les fils d’Israël » sans restriction. Le terme les juifs, en revanche, intervient dans un contexte religieux et doctrinal : il désigne ceux qui ont adopté le judaïsme et suivi une voie doctrinale particulière qui s’est écartée de ce qu’avait apporté Moïse. Il est donc question d’une position religieuse et intellectuelle dans un contexte historique, non d’une race ou d’une filiation.

Le verset ne fonde donc pas un racisme ethnique, mais signale une configuration doctrinale apparue dans un contexte particulier de conflit avec le nouveau message. Cela s’accorde avec le critère général du Coran : ni condamnation ethnique absolue ni généralisation à chaque individu, mais la description d’une situation doctrinale et comportementale dans un contexte historique déterminé. Le Coran a d’ailleurs affirmé la distinction au sein des gens du Livre en disant : ﴿لَيْسُوا سَوَاءً﴾ (Ils ne sont pas tous semblables.)

Comment appliquer cela à notre réalité actuelle

La conscience de la distinction entre le conflit politique, la pensée dévoyée et la pensée sioniste chrétienne nous aide à comprendre ce qui se passe dans la réalité arabe contemporaine. Le conflit qu’imposent des dirigeants politiques n’est pas un conflit avec les chrétiens dans leur ensemble, mais s’inscrit dans un projet politique et doctrinal déterminé qui cherche à remodeler la région en fonction d’objectifs stratégiques.

Beaucoup commettent l’erreur de généraliser et pensent que tous les chrétiens sont des ennemis, alors que les chrétiens constituent le quart de la population mondiale et comptent parmi eux des croyants, des opposants et des partisans, et que la majorité ne prend pas part au conflit politique. Une compréhension juste replace le conflit dans son contexte intellectuel et politique, protégeant ainsi les sociétés du glissement vers une hostilité collective inutile.

Il n’est pas dans l’intérêt des musulmans de tomber dans le piège d’un récit qui présente les chrétiens comme des ennemis par nature, car cette généralisation sert le discours du conflit religieux généralisé et soustrait la question à son juste critère pour la faire entrer dans la logique d’une confrontation existentielle ouverte.

La généralisation absolue n’est pas un droit des êtres humains

Les êtres humains ne savent pas ce que recèlent les poitrines :

﴿إِنَّ اللَّهَ عَلِيمٌ بِذَاتِ الصُّدُورِ﴾ (Dieu connaît assurément ce que recèlent les poitrines.) [لقمان: ٢٣]

﴿إِنَّ رَبَّكَ هُوَ أَعْلَمُ بِمَن ضَلَّ عَن سَبِيلِهِ وَهُوَ أَعْلَمُ بِالْمُهْتَدِينَ﴾ (Ton Seigneur est assurément Celui qui sait le mieux qui s’est égaré hors de Sa voie, et Il sait le mieux qui sont les bien-guidés.) [الأنعام: ١١٧]

Le jugement absolu appartient donc au seul Créateur ; quant aux êtres humains, leur devoir est la justice et la distinction, non la généralisation et la diabolisation collective. La véritable conscience commence par la distinction… non par la généralisation.