L’ingénierie de la puissance mondiale : de la chute des empires au scénario du Grand Israël
La pensée satanique
Une lecture analytique d’un siècle de transformations : l’argent, le pétrodollar, la technologie et la reconfiguration des centres de puissance.
Introduction : l’histoire suit-elle une méthode ?
L’étude de l’histoire du XXe siècle et du début du XXIe siècle fait émerger une question centrale : le transfert de puissance entre les empires résulte-t-il d’interactions aléatoires, ou d’une méthode de long terme qui aurait remodelé les rapports de force mondiaux ?
Notre propos part d’une hypothèse précise : l’histoire moderne peut être lue comme un processus de réingénierie progressive de l’ordre international, au moyen des instruments de la finance, de la politique, des médias et de la technologie. Selon cette hypothèse, les grandes transformations des cent dernières années pourraient constituer les étapes successives d’une même trajectoire, conduisant finalement à l’essor d’un vaste projet politique régional au Moyen-Orient.
Premièrement : la fin de l’ère des empires traditionnels
Au début du XXe siècle, l’Empire britannique était la première puissance mondiale : il contrôlait les principales voies maritimes, possédait un réseau de colonies réparties sur plusieurs continents et exerçait une influence économique mondiale ; c’est pourquoi l’on disait que le soleil ne s’y couchait jamais.
Mais les deux guerres mondiales transformèrent radicalement cette réalité : la Grande-Bretagne en sortit lourdement endettée et économiquement affaiblie, et son empire commença à se désagréger progressivement. Au cœur de cette transformation fut publiée, en 1917, ce que l’on appelle la déclaration Balfour, une déclaration politique soutenant l’établissement d’un foyer national pour les Juifs en Palestine ; puis l’État d’Israël fut fondé en 1948, trois décennies seulement après. Dans cette lecture, cette évolution peut être comprise comme un élément de la reconfiguration de la carte politique du Moyen-Orient, concomitante au recul de la puissance britannique.
Deuxièmement : l’argent comme instrument de reconfiguration du monde
Parallèlement aux transformations militaires, les réseaux financiers transnationaux ont joué un rôle important dans la formation de l’ordre mondial ; parmi les noms qui apparaissent dans l’histoire économique européenne figure la famille Rothschild, dont le nom a été associé au financement de gouvernements et de grands projets financiers au cours des XIXe et XXe siècles.
Dans le cadre de cette hypothèse, la puissance financière devient capable de financer les guerres, de soutenir les gouvernements, d’influer sur les politiques économiques et de remodeler les équilibres internationaux ; l’argent devient ainsi l’un des principaux instruments de refonte de l’ordre mondial.
Troisièmement : le déplacement du centre de puissance vers les États-Unis
Après la Seconde Guerre mondiale, la direction de l’ordre international passa aux États-Unis, qui devinrent la puissance hégémonique en s’appuyant sur trois piliers : la plus grande puissance militaire au monde, le système financier mondial établi à la suite des accords de Bretton Woods et la domination du dollar comme monnaie de réserve mondiale. Mais la puissance américaine n’était pas seulement militaire : elle était avant tout économique.
Quatrièmement : le pétrodollar… au cœur du système économique
Dans les années 1970 apparut le système du pétrodollar, fondé sur une équation simple : la vente du pétrole en dollars à l’échelle mondiale, l’investissement de ses recettes dans l’économie américaine et le maintien du dollar comme monnaie principale de l’énergie et du commerce.
Le Golfe arabe devint ainsi un élément essentiel du système économique américain, car il fournit les plus grandes réserves énergétiques du monde, une considérable stabilité financière et des flux d’investissement mondiaux. Des villes comme Dubaï se sont transformées en centres financiers et commerciaux mondiaux grâce à la stabilité sécuritaire et économique, une stabilité qui a créé un élément non moins important que le pétrole lui-même : la confiance dans l’économie mondiale.
Cinquièmement : le paradoxe stratégique
La comparaison du rôle du Golfe avec celui d’Israël dans la stratégie américaine fait apparaître un paradoxe géopolitique frappant. Les États du Golfe constituent l’un des piliers du système économique mondial, puisqu’ils assurent la stabilité du marché de l’énergie, la continuité des flux de pétrole libellé en dollars et des investissements massifs dans l’économie américaine. En revanche, Israël dépend largement du soutien américain : militaire, financier et politique.
Mais l’escalade militaire dans la région a fini par menacer l’une des principales artères de l’économie mondiale : le détroit d’Ormuz, par lequel transite une grande partie des exportations mondiales de pétrole. Toute perturbation y a donc des répercussions directes sur les marchés de l’énergie et sur l’équilibre économique international.
Une question centrale se pose alors : pourquoi une grande puissance prend-elle le risque de déstabiliser la région sur laquelle repose une part essentielle du système économique qui lui confère son hégémonie mondiale ? Sommes-nous face à une contradiction stratégique temporaire, ou ces transformations reflètent-elles une phase plus profonde de reconfiguration de l’ordre international ?
Sixièmement : le Moyen-Orient comme théâtre d’un redécoupage de la carte
Depuis la fin de la guerre froide, le Moyen-Orient est devenu le théâtre de conflits récurrents : la guerre en Afghanistan, la guerre d’Irak, la guerre en Syrie et les tensions persistantes avec l’Iran. Dans cette lecture, ces conflits peuvent être compris comme des éléments de la reconfiguration de la géographie politique de la région. L’Iran, de son côté, prend souvent pour cibles les voies maritimes, les pétroliers et les infrastructures économiques de l’énergie ; autrement dit, il frappe le moteur économique de l’ordre mondial.
Septièmement : l’essor de la nouvelle puissance financière
Au XXIe siècle sont apparues des institutions financières qui gèrent des milliers de milliards de dollars et détiennent des investissements dans des milliers d’entreprises à travers le monde. Dans le cadre de cette hypothèse, ces sociétés deviennent les composantes d’un réseau financier mondial capable d’influer sur les marchés, les grandes entreprises et les politiques économiques ; la puissance passe ainsi progressivement des États aux réseaux financiers.
Huitièmement : l’influence politique aux États-Unis
Outre l’argent, les groupes de pression jouent un rôle important au sein du système politique américain et agissent par l’intermédiaire du Congrès, du Sénat et des campagnes électorales. Dans cette lecture, l’influence politique devient une composante d’un système plus vaste qui englobe l’argent, les médias et l’influence sur l’opinion publique.
Neuvièmement : le monde à la croisée des chemins
L’ordre mondial semble aujourd’hui se trouver à un tournant historique, comme le suggèrent plusieurs indicateurs : le gonflement des dettes américaines, l’intensification des conflits géopolitiques, les tensions au Moyen-Orient et les défis auxquels fait face le système financier mondial. Ces indicateurs pourraient signifier que l’ordre international traverse une phase de profonde reconfiguration.
Dixièmement : la technologie… la nouvelle puissance
Dans un avenir proche, le facteur décisif pourrait ne plus être le pétrole ou les armées, mais la technologie.
Première phase (2025–2035) : l’économie numérique devient le centre de la puissance ; le monde s’organise autour de l’intelligence artificielle, des données massives et des infrastructures numériques ; les données deviennent le nouveau pétrole.
Deuxième phase (2035–2045) : émergence d’une économie des robots, avec des usines automatisées, des armées robotiques et des services automatisés ; transformation des guerres en cyberguerres, en luttes pour les satellites et en attaques contre les infrastructures numériques.
Troisième phase (2045–2055) : transformation majeure de l’équilibre des puissances ; si le système financier lié au dollar est ébranlé, un nouvel ordre pourrait apparaître, reposant sur les monnaies numériques, les réseaux financiers mondiaux et l’économie fondée sur l’intelligence artificielle.
Malgré la transformation technologique, le Moyen-Orient restera un pivot stratégique, mais son importance s’élargira pour englober les voies commerciales, l’énergie et les centres de données ; des villes comme Dubaï, Riyad et Doha pourraient devenir des centres numériques et économiques mondiaux. Dans ce contexte, Israël pourrait jouer un rôle de premier plan en raison de sa supériorité en matière de cybersécurité, de technologie militaire et d’innovation ; si les guerres deviennent numériques, les États qui possèdent la technologie pourraient disposer d’une influence supérieure à celle des États qui dépendent des ressources naturelles.
Le cycle du papillon : une analogie pour comprendre
Imaginez que l’histoire de la puissance ressemble au cycle de vie du papillon : œuf ← chenille ← chrysalide ← papillon.
L’œuf : le commencement de l’idée, avec l’apparition du mouvement sioniste en Europe, puis la déclaration Balfour, qui a semé la première graine d’un projet de long terme. La chenille : l’Empire britannique accumule influence et ressources et construit un immense réseau politique et économique. La chrysalide : après la Seconde Guerre mondiale, les États-Unis apparaissent comme une grande puissance dirigeant l’ordre mondial, et Israël s’affirme comme un allié influent au sein du système. Le papillon : la phase que certains considèrent comme l’accomplissement du projet, où l’influence se transforme en une nouvelle forme de puissance.
Ce qui nous apparaît comme des événements dispersés pourrait donc constituer les différentes étapes d’un même long cycle : une idée est semée, une puissance rassemble des ressources, un ordre mondial se reconfigure, puis une nouvelle forme d’influence apparaît.
La demeure de l’araignée : l’analogie coranique
Dans la sourate al-ʿAnkabūt, le Coran dépeint les puissances humaines arrogantes du temps de Moïse : Coré, Pharaon et Hāmān, qui s’enorgueillirent malgré les preuves manifestes ; Dieu expose leur sort tout en soulignant que l’injustice provenait d’eux-mêmes.
﴿مَثَلُ الَّذِينَ اتَّخَذُوا مِن دُونِ اللَّهِ أَوْلِيَاءَ كَمَثَلِ الْعَنكَبُوتِ اتَّخَذَتْ بَيْتًا وَإِنَّ أَوْهَنَ الْبُيُوتِ لَبَيْتُ الْعَنكَبُوتِ﴾ (Ceux qui prennent des protecteurs en dehors de Dieu sont semblables à l’araignée qui s’est donné une demeure ; or la plus fragile des demeures est assurément celle de l’araignée.) [العنكبوت: ٤١]
La demeure à la géométrie précise : de même que l’araignée construit sa demeure avec des fils fins qui en rejoignent le centre, les réseaux cachés de la politique, de l’économie et de la technologie fonctionnent selon une ingénierie rigoureuse ; chaque petit événement est relié à des fils qui conduisent au centre de la puissance, et il est difficile aux autres de saisir l’ensemble du tableau.
La fragilité interne : malgré leur complexité apparente, ces puissances demeurent fragiles face à la volonté de Dieu ; tout système, quel que soit son degré de planification, est dans son essence plus fragile que la demeure de l’araignée.
La perception humaine limitée : beaucoup de gens ne saisissent pas la fragilité de ces puissances ; ils voient la force apparente et s’y soumettent sans comprendre qu’elle est temporaire et limitée.
La centralité divine : tandis que les humains planifient et exercent leur domination, Dieu, le Puissant, le Sage, demeure connaissant de tous les détails des actes, et toute puissance en dehors de Sa volonté est limitée, si parfaitement agencée qu’elle paraisse.
Conclusion : la trajectoire de l’hypothèse
Le recul de l’Empire britannique a ouvert la voie à une reconfiguration du Moyen-Orient ; l’essor des États-Unis a procuré à Israël un soutien stratégique ; les réseaux financiers mondiaux sont devenus des acteurs influents de l’économie ; l’influence politique exercée par les groupes de pression renforce la capacité d’action au sein du système américain ; la révolution numérique redéfinit la puissance mondiale.
Au terme de cette trajectoire pourrait se former une nouvelle réalité géopolitique et, dans ce scénario, l’essor de l’influence régionale croissante d’Israël est interprété comme la dernière étape d’un long processus historique.
Mise en garde dans une perspective globale : du point de vue de l’être humain ordinaire, de nombreux événements paraissent dispersés ou aléatoires ; l’idée que tout relève d’un plan unifié peut donc sembler excessive. Mais si nous considérons l’univers comme un système dont la création est parfaitement ordonnée, il est possible de concevoir ces événements comme les éléments d’un rythme plus vaste où la volonté divine croise les actes libres des humains ; l’hypothèse devient alors un cadre de réflexion permettant de comprendre les interactions historiques, sans nier la liberté humaine ni la complexité du monde.
Question finale
Pourquoi l’Amérique pourrait-elle accepter de prendre le risque d’entrer en conflit avec l’Iran, alors même que cela pourrait menacer le pétrodollar, fondement de sa puissance mondiale ?
Pour qu’Israël s’impose comme une puissance indépendante, il lui faut réduire sa dépendance à l’égard de l’Amérique, comme l’ont fait les États-Unis après le recul de la Grande-Bretagne : construire une puissance militaire, économique et technologique indépendante, et développer des alliances pour contrôler la région sans avoir besoin de l’ancien protecteur, l’objectif ultime étant de devenir la puissance qui domine directement la scène régionale, et non un simple allié subordonné.
