Jésus, que la paix soit sur lui, entre l’Évangile et le Coran : le message du monothéisme et la compréhension des chrétiens d’aujourd’hui
Le Coran de l’intérieur
Une lecture littérale des textes de l’Évangile, leur comparaison avec le discours coranique et le rôle de Paul dans la transformation de la doctrine.
Introduction
La figure de Jésus, que la paix soit sur lui, occupe une place centrale tant dans le christianisme que dans l’islam, mais la compréhension de son identité présente une divergence fondamentale. Alors que le christianisme le considère comme le Fils de Dieu et le Seigneur, l’islam affirme qu’il est un envoyé de Dieu qui appelle au monothéisme. L’étude littérale des textes de l’Évangile et du noble Coran fait apparaître que son message originel était d’adorer Dieu seul et de lui obéir, et que certaines croyances relatives à sa divinité sont apparues après lui.
Premièrement : ce que dit littéralement l’Évangile
Jean 16 : 12–15
Bien souvent, je voudrais vous entretenir de nombreuses choses, mais vous ne pouvez les supporter maintenant. Lorsqu’il viendra, lui, l’Esprit de vérité, il vous guidera vers toute la vérité ; car il ne parlera pas de lui-même, mais il vous rapportera tout ce qu’il entendra et vous annoncera ce qui est à venir.
Jésus indique ainsi que les disciples n’étaient pas capables de saisir pleinement la vérité à ce moment-là. Il précise que celui qui doit venir guidera les hommes vers la vérité tout entière, et que le critère de compréhension de la vérité est ce qui vient de Dieu, et non des hommes ou du seul nom du prophète.
Matthieu 7 : 22–23
Beaucoup me diront en ce jour-là : Seigneur, Seigneur, n’avons-nous pas prophétisé en ton nom ? N’avons-nous pas chassé des démons en ton nom ? N’avons-nous pas accompli de nombreux prodiges en ton nom ? Alors je leur déclarerai : Je ne vous ai jamais connus ; éloignez-vous de moi, vous qui commettez l’iniquité.
Ce verset parle donc de personnes qui se réclament de la religion au nom de Jésus et prétendent avoir accompli de grandes œuvres en son nom. Il les rejette parce que leurs œuvres ne sont pas fondées sur la volonté de Dieu. Le message essentiel est le suivant : s’en tenir au nom du prophète ou aux miracles apparents ne suffit pas ; le véritable critère est l’obéissance à Dieu seul.
Deuxièmement : ce que dit le noble Coran
﴿وَإِذْ قَالَ عِيسَى ابْنُ مَرْيَمَ يَا بَنِي إِسْرَائِيلَ إِنِّي رَسُولُ اللَّهِ إِلَيْكُم مُّصَدِّقًا لِّمَا بَيْنَ يَدَيَّ مِنَ التَّوْرَاةِ وَمُبَشِّرًا بِرَسُولٍ يَأْتِي مِن بَعْدِي اسْمُهُ أَحْمَدُ﴾ (Et lorsque Jésus, fils de Marie, dit : « Ô fils d’Israël, je suis l’envoyé de Dieu auprès de vous, confirmant ce qui m’a précédé de la Torah et annonçant la bonne nouvelle d’un envoyé qui viendra après moi, dont le nom est Ahmad. ») [الصف: ٦]
Le Coran rattache ainsi Jésus à la continuité du message de Dieu et indique la venue de Muhammad ﷺ après lui pour achever le message.
﴿إِنَّ اللَّهَ لَا يَغْفِرُ أَن يُشْرَكَ بِهِ وَيَغْفِرُ مَا دُونَ ذَلِكَ لِمَن يَشَاءُ﴾ (Dieu ne pardonne pas qu’on lui associe quoi que ce soit, mais il pardonne ce qui est moindre à qui il veut.) [النساء: ٤٨]
Autrement dit, élever un être humain, y compris Jésus, au rang de la divinité constitue une association à Dieu, et le pardon est réservé à ceux qui adorent Dieu seul.
Troisièmement : la concordance entre l’Évangile pris littéralement et le Coran
Dans les textes évangéliques, Jésus dit : « Je ne vous ai jamais connus… vous qui commettez l’iniquité », ce à quoi correspond, dans le Coran, ﴿إِنَّ اللَّهَ لَا يَغْفِرُ أَن يُشْرَكَ بِهِ﴾ (Dieu ne pardonne pas qu’on lui associe quoi que ce soit). Cela indique que mentionner le nom de Jésus ou accomplir des œuvres en son seul nom ne suffit pas : l’obéissance à Dieu seul est le véritable critère de la vérité et du salut.
Jésus indique également que celui qui doit venir « vous guidera vers toute la vérité », ce à quoi correspond, dans le Coran, ﴿مُبَشِّرًا بِرَسُولٍ يَأْتِي مِن بَعْدِي﴾ (annonçant la bonne nouvelle d’un envoyé qui viendra après moi). Cela montre que le message divin se poursuit à travers les envoyés.
Sa parole « J’ai beaucoup de choses à vous dire, mais vous ne pouvez les supporter maintenant » montre qu’il existe des enseignements supplémentaires dont le moment de la diffusion n’est pas encore venu. Dans une lecture islamique, cela est compris comme une indication de la continuité du message par l’intermédiaire d’un autre envoyé après lui, destiné à guider les hommes vers la vérité tout entière. Ainsi, ce que les chrétiens considèrent comme une guidance spirituelle est — selon les textes islamiques — une nouvelle législation complète et l’achèvement du message inauguré par Jésus.
Quatrièmement : la divergence avec la compréhension des chrétiens d’aujourd’hui
Les chrétiens croient à la Trinité et à la divinité du Christ. Mais une lecture littérale des textes de l’Évangile fait apparaître que Jésus mettait l’accent sur l’obéissance à Dieu seul, rejetait ceux qui se prévalaient d’œuvres accomplies en son nom sans se conformer à la vérité et indiquait que celui qui devait venir parachèverait la compréhension véritable de la vérité.
La divergence dans la compréhension de son identité est donc fondamentale : l’Évangile pris littéralement et le Coran le présentent comme un envoyé et un serviteur de Dieu, tandis que le christianisme traditionnel le présente comme le Fils de Dieu et le Seigneur.
Cinquièmement : Paul et la transformation du message
Après l’élévation de Jésus, que la paix soit sur lui, l’apôtre Paul (Saul de Tarse) s’est imposé comme une figure déterminante dans la transformation du christianisme, passé d’une religion juive circonscrite à un message universel. Paul a d’abord mis l’accent sur la doctrine et la foi dans le Christ comme moyen de salut, plutôt que sur l’observance stricte des rites et de la Loi, ce qui a détaché le christianisme du cadre traditionnel du judaïsme. Il a ensuite élevé Jésus au rang de Christ, de Fils de Dieu et de Rédempteur, ce qui a contribué à l’émergence ultérieure de la doctrine de la Trinité et transformé la compréhension que les hommes avaient de Jésus, passé du statut d’envoyé à celui de sauveur cosmique.
Paul a également élargi son message aux nations non juives et transposé la pensée juive relative aux commandements et aux rites dans une formulation doctrinale susceptible de se diffuser parmi différentes cultures. Il a fait de la foi dans le Christ le critère du salut, plutôt que de la seule Loi.
Paul a été le principal agent de la transformation du message originel de Jésus, passé de l’affirmation de l’unicité de Dieu et de l’obéissance à celui-ci à une focalisation sur la personne du Christ et la foi en lui seul.
Ce phénomène est historiquement semblable à ce que les musulmans ont observé dans les tentatives de certains juifs, tels que Kaʿb al-Aḥbār, aux premiers temps de l’islam, d’influer sur la nouvelle compréhension religieuse. La différence est toutefois que l’influence de Paul est devenue le fondement de la doctrine du christianisme actuel, tandis qu’en islam la correction est venue par le Coran, qui a affirmé le monothéisme pur.
Pourquoi les gens ne savent-ils pas qui est à l’origine de l’altération ?
L’influence précoce : l’altération s’est produite après la mort des prophètes ou au cours des premiers siècles, devenant ainsi partie intégrante du système religieux. L’absence de transparence : les institutions religieuses ont préservé le système dominant sans révéler les responsables. La modification progressive : l’altération s’est opérée graduellement, par la reformulation des textes et des interprétations humaines. Les moyens limités de vérification : les gens s’appuient sur la tradition transmise sans examen critique rigoureux. La pensée collective : l’altération paraît naturelle aux gens, et il devient difficile de la distinguer du message originel.
Conclusion
L’entrée en scène de Paul a constitué un tournant décisif dans la transformation de la compréhension que les hommes avaient de Jésus, passé du statut d’envoyé et de serviteur de Dieu à celui de figure centrale d’une doctrine comprenant la divinité, la rédemption et la Trinité. La différence fondamentale est que l’influence de Paul est devenue le fondement de la doctrine elle-même, tandis que le message coranique est venu corriger ces ajouts, en affirmant la pure unicité de Dieu.
Le refus de certains juifs de suivre Jésus, que la paix soit sur lui, et le prophète Muhammad ﷺ n’est pas né de rien : il résultait de leur attachement à leurs anciennes conceptions du sauveur, de leur préservation de l’autorité religieuse et de leur attente d’avantages terrestres. L’histoire montre que l’attachement aux textes originels des messages divins est la voie permettant de comprendre la vérité, loin de tout ajout humain.
