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Pourquoi réexaminer la tradition : le mariage, la « possession de la main droite » et le mariage temporaire à la lumière du Coran

Le Coran de l’intérieur

Langue du contenuOriginal: العربية
NarrateurFrançais

Une lecture textuelle des occurrences de « ce que possèdent vos mains droites » : contrat et mukātaba, non captivité, et effets des interprétations traditionnelles sur les droits des femmes.

Introduction

Le noble Coran affirme clairement que la relation entre l’homme et la femme n’est licite que dans le cadre du mariage formel, et que tout dépassement de ce cadre s’écarte du texte. Pourtant, les différentes lectures héritées des écoles doctrinales ont produit des conceptions et des prescriptions que le Coran n’a pas voulues, et qui ont eu des effets négatifs sur la société, particulièrement sur les droits et la dignité des femmes.

« Ce que possèdent vos mains droites » : la mukātaba et le contrat, non la captivité

Bien que l’expression « ce que possèdent vos mains droites » figure quinze fois dans le Coran, dans des contextes multiples, une lecture attentive de ces occurrences montre que son sens ne renvoie pas à la captivité telle que la comprend la tradition classique. Tous ces versets s’inscrivent dans le cadre de l’organisation du mariage, de la préservation des droits, de la protection de l’intimité et de l’héritage, et rattachent le plus souvent l’expression à des démarches de mukātaba ou à un contrat formel.

Autrement dit, les personnes désignées par cette expression entretiennent une relation organisée par un contrat ou un accord garanti par des droits déterminés ; elles ne sont pas des possessions permanentes en dehors du cadre du mariage. Cette compréhension textuelle montre que le Coran n’a autorisé aucune relation en dehors du contrat de mariage formel, et que toute interprétation rattachant cette expression à la captivité ou à une propriété absolue sur les femmes se situe en dehors du texte coranique.

La compréhension traditionnelle

Chez les sunnites

La tradition juridique a élargi l’interprétation de l’expression pour y inclure ce qui est appelé la captivité, et y a vu une autorisation d’entretenir des relations en dehors du mariage formel. Cet élargissement ne repose pas sur le Coran, qui rattache l’expression au contrat ou à la mukātaba, avec des droits clairement définis pour les deux parties, et n’autorise aucune domination permanente sur les femmes.

Chez les chiites

Certains juristes ont adopté ce qui est appelé le mariage de jouissance (mariage temporaire) comme relation située en dehors du cadre du mariage permanent. Le mariage misyār est également apparu ultérieurement : il s’agit d’un contrat formel dans lequel certains droits fondamentaux, tels que la vie commune ou l’entretien continu, sont réduits. Certains ont fondé leur justification sur des récits extérieurs au texte du Coran, lesquels ne modifient pas ses prescriptions ; toutes ces pratiques se situent donc en dehors de ce que le Coran a autorisé et n’y sont pas mentionnées.

Les effets de cette pensée sur la réalité contemporaine

Ces lectures ont contribué à justifier l’exploitation des femmes et le contournement du mariage formel et de leurs droits. Les groupes armés ont utilisé les conceptions traditionnelles de la « possession de la main droite » pour justifier la réduction des femmes en captivité et les exactions, ce qui constitue un écart manifeste par rapport au texte du Coran. Le mariage temporaire et le mariage misyār sont aussi parfois exploités pour se soustraire aux obligations juridiques et morales, en laissant entendre qu’ils bénéficient d’un fondement religieux, alors que le Coran exige un contrat formel et des droits réciproques.

Les groupes armés

Ces interprétations ont été utilisées pour justifier la réduction des femmes en captivité et leur vente, en s’appuyant sur ce que leurs auteurs considéraient comme la « possession de la main droite » ; il en résulte la destruction du tissu social, l’avilissement des femmes et l’instrumentalisation de la religion pour justifier la violence.

La transgression du texte

Le Coran affirme que toute relation entre l’homme et la femme doit s’inscrire dans un contrat de mariage formel ou une mukātaba, avec des droits clairement définis pour les deux parties, et insiste sur la chasteté et la dignité. Toute pratique située en dehors de ce cadre relève donc non du texte coranique, mais d’un effort d’interprétation humain ultérieur.

La nécessité de réexaminer la tradition

Revenir au texte coranique : seul le Coran rattache la relation au mariage formel et protège la femme contre toute exploitation.

Rectifier la compréhension éthique et sociale : ce réexamen aide à se défaire des lectures qui avilissent les femmes ou autorisent leur exploitation au nom de la religion.

Empêcher que la religion soit utilisée comme instrument de violence : une lecture critique de la tradition empêche d’interpréter les textes au service d’intérêts politiques ou militaires, au détriment des droits humains.

Conclusion

Le mariage formel est le seul cadre des relations licites dans le Coran ; « ce que possèdent vos mains droites » désigne des relations inscrites dans un contrat ou une mukātaba, et non la captivité ou la possession permanente. Tout ce que la tradition a formulé au sujet de la captivité ou du mariage temporaire se situe en dehors du texte coranique ; ces efforts d’interprétation doivent être réexaminés pour rectifier la compréhension, protéger les droits des femmes et empêcher que la religion soit utilisée comme instrument de violence.