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Si Dieu s’est chargé de préserver le Coran, où le conflit s’est-il déplacé ?

Pouvoir, religion et civilisation

Langue du contenuOriginal: العربية
NarrateurFrançais

Du conflit visant à modifier le texte au conflit portant sur son interprétation : une lecture du déplacement du terrain du conflit, du Livre à l’être humain.

Introduction : le déplacement du terrain du conflit, du Livre à l’être humain

Le « plus grand complot de l’histoire humaine » — selon cette hypothèse — n’est pas un complot politique déterminé ni un projet lié à une seule période, mais un conflit prolongé entre les forces de la guidance et celles de l’égarement, qui a commencé lorsque Iblis s’est opposé à l’être humain et s’est poursuivi au fil de l’histoire à travers l’interaction entre la tentation satanique et les choix humains.

L’enjeu fondamental de ce conflit, selon la conception coranique, n’est donc pas seulement de dominer la terre ou de détenir la puissance, mais d’influencer la conscience humaine, de l’éloigner de la révélation et de transformer sa relation à Dieu : d’une relation directe fondée sur la guidance, elle devient une relation régie par les autorités humaines, les conflits et les interprétations.

Cette conception repose sur le fait que le Coran présente l’image d’un conflit permanent entre l’être humain et les forces de la tentation :

﴿وَكَذَٰلِكَ جَعَلْنَا لِكُلِّ نَبِيٍّ عَدُوًّا شَيَاطِينَ الْإِنسِ وَالْجِنِّ يُوحِي بَعْضُهُمْ إِلَىٰ بَعْضٍ زُخْرُفَ الْقَوْلِ غُرُورًا﴾ (Ainsi avons-Nous assigné à chaque prophète des ennemis : des démons parmi les humains et les djinns, qui s’inspirent les uns aux autres des paroles enjolivées pour tromper.) [الأنعام: ١١٢]

Le Coran rapporte également que les gens du Feu reconnaissent l’existence de ceux qui les ont égarés parmi les djinns et les humains :

﴿رَبَّنَا أَرِنَا الَّذَيْنِ أَضَلَّانَا مِنَ الْجِنِّ وَالْإِنسِ نَجْعَلْهُمَا تَحْتَ أَقْدَامِنَا﴾ (Notre Seigneur, montre-nous les deux qui nous ont égarés, parmi les djinns et les humains, afin que nous les placions sous nos pieds.) [فصلت: ٢٩]

Selon cette perspective, le conflit majeur ne consiste pas seulement à tenter d’éloigner l’être humain de la religion, mais à remodeler sa compréhension de celle-ci, de sorte qu’il devienne tributaire de systèmes humains qui prétendent détenir la vérité au nom de la révélation.

D’où la question centrale :

Si Dieu s’est chargé de préserver le Coran, où se situe le terrain du conflit ?

Premièrement : la préservation du texte et le déplacement du conflit vers son interprétation

Parmi les questions les plus profondes de l’histoire des religions figure celle-ci : si Dieu a préservé la révélation, le véritable conflit porte-t-il sur la pérennité du texte ? Ou sur l’être humain qui le porte et l’interprète ?

Le Coran proclame en effet la promesse de préservation :

﴿إِنَّا نَحْنُ نَزَّلْنَا الذِّكْرَ وَإِنَّا لَهُ لَحَافِظُونَ﴾ (C’est Nous, assurément, qui avons fait descendre le Rappel, et c’est Nous qui le préserverons.) [الحجر: ٩]

Il dit aussi :

﴿إِنَّ عَلَيْنَا جَمْعَهُ وَقُرْآنَهُ﴾ (Il Nous incombe, certes, de le rassembler et de le réciter.) [القيامة: ١٧]

Et encore :

﴿سَنُقْرِئُكَ فَلَا تَنسَىٰ﴾ (Nous te ferons réciter, et tu n’oublieras pas.) [الأعلى: ٦]

Selon cette conception, le Coran se présente comme un texte préservé par une sollicitude divine, dont la pérennité ne dépend ni d’une force humaine, ni d’une institution religieuse, ni d’une autorité historique.

Mais la préservation du texte ne signifie pas la fin du conflit ; elle signifie son déplacement vers un autre domaine. Si modifier le Livre devient impossible, le domaine le plus déterminant devient alors celui de son interprétation, des traditions qui l’entourent, des instances de référence qui prétendent en détenir le sens juste et des acteurs qui parlent au nom de la révélation.

Les formes les plus dangereuses du conflit ne consistent donc pas toujours à tenter de mettre à bas le texte, mais à édifier autour de lui des systèmes humains qui conduisent l’être humain à recevoir la parole de Dieu à travers des strates d’interprétations, d’intérêts et d’autorités.

C’est à partir de là que cette hypothèse entreprend d’étudier le parcours du conflit dans l’histoire religieuse : du conflit autour de la révélation dans l’histoire des fils d’Israël à la confrontation de Jésus, que la paix soit sur lui, avec certaines manifestations de l’autorité religieuse ; puis au message de Muhammad ﷺ et au rétablissement de la centralité de la révélation ; ensuite au déplacement du conflit, au sein de la communauté musulmane, vers les questions de l’autorité de référence et de l’interprétation ; enfin à ses effets sur la réalité civilisationnelle et politique contemporaine.

La question qui gouverne cette hypothèse est la suivante :

Si Dieu a préservé le Coran de toute modification, qui détient le droit de l’interpréter ?

Et la véritable épreuve réside-t-elle dans la pérennité du texte, ou dans la capacité de l’être humain à l’aborder sans ériger sa compréhension humaine en juge de la révélation ?

Deuxièmement : la racine première du conflit — de la révélation à l’autorité religieuse

Cette hypothèse part du principe que le Coran ne parle pas des fils d’Israël comme d’une race ou d’une lignée humaine, mais expose une histoire religieuse et intellectuelle au sein de laquelle est né un conflit entre deux orientations : l’une a maintenu son lien avec la révélation ; l’autre a placé l’autorité humaine et les interprétations religieuses au-dessus du commandement de Dieu.

Selon cette lecture, la critique coranique ne vise ni l’appartenance d’origine ni l’ascendance, mais des positions intellectuelles et religieuses apparues chez certains groupes se réclamant des fils d’Israël.

Dans le cadre de cette hypothèse, la mention des juifs dans le Coran n’est pas envisagée comme un propos sur une race ou un groupe humain du point de vue de son origine, mais comme la présentation d’un modèle intellectuel et religieux apparu dans le contexte de l’histoire des fils d’Israël. Le Coran en a fait un exemple destiné à mettre en garde contre une transformation du rapport à la révélation : de la guidance au pouvoir, de la soumission à Dieu à la maîtrise humaine de la compréhension de Son commandement.

Dans les récits des fils d’Israël, le Coran présente ainsi de multiples modèles : des modèles de foi et de droiture, mais aussi des modèles de déviation, lorsque les intérêts humains, les passions ou les autorités religieuses prennent le pas sur la révélation.

Dans cette perspective, le « modèle juif » critiqué par le Coran devient le symbole d’une démarche intellectuelle fondée sur l’altération des significations, la monopolisation du savoir religieux ou la subordination du message divin à des intermédiaires humains.

C’est pourquoi le Coran réitère ses mises en garde contre certaines pratiques apparues chez des groupes se réclamant du judaïsme :

﴿مِنَ الَّذِينَ هَادُوا يُحَرِّفُونَ الْكَلِمَ عَن مَّوَاضِعِهِ﴾ (Parmi ceux qui pratiquent le judaïsme, il en est qui détournent les paroles de leur place.) [النساء: ٤٦]

Et cette parole :

﴿اتَّخَذُوا أَحْبَارَهُمْ وَرُهْبَانَهُمْ أَرْبَابًا مِّن دُونِ اللَّهِ﴾ (Ils ont pris leurs docteurs de la Loi et leurs moines pour seigneurs en dehors de Dieu.) [التوبة: ٣١]

Ce qui est visé dans ce contexte n’est donc pas l’identité humaine, mais le modèle intellectuel : lorsque l’autorité de référence passe de Dieu à une autorité humaine qui parle en Son nom, et lorsque l’interprétation humaine de la révélation devient concurrente de la révélation elle-même.

Selon cette lecture, la mention de ce modèle dans le Coran le présente comme une régularité récurrente de l’histoire : la déviation ne commence pas toujours par le rejet de la révélation ; elle peut commencer au sein du champ religieux lui-même, lorsque des systèmes humains prétendant détenir la vérité se substituent à la guidance divine.

Troisièmement : Jésus, que la paix soit sur lui, et la confrontation avec certaines manifestations de l’autorité religieuse

Selon cette hypothèse, Jésus fils de Marie, que la paix soit sur lui, est venu dans un milieu religieux où existait un conflit entre le message de la révélation et certaines pratiques liées à une partie des dirigeants religieux parmi les fils d’Israël.

Jésus, que la paix soit sur lui, n’est pas venu abolir la Torah ni récuser le fondement des messages antérieurs. Il est venu — selon la conception coranique — confirmer la révélation qui l’avait précédé et corriger les formes de rigorisme ou les interprétations humaines introduites dans la religion qui avaient détourné la Loi de ses finalités.

﴿وَمُصَدِّقًا لِّمَا بَيْنَ يَدَيَّ مِنَ التَّوْرَاةِ وَلِأُحِلَّ لَكُم بَعْضَ الَّذِي حُرِّمَ عَلَيْكُمْ﴾ (Et confirmant ce qui m’a précédé de la Torah, et pour vous rendre licite une partie de ce qui vous avait été interdit.) [آل عمران: ٥٠]

Selon cette lecture, le désaccord fondamental ne portait ni sur la foi en Dieu ni sur le fondement de la Loi, mais sur la source de l’autorité religieuse et la manière de comprendre la révélation.

Le message de Jésus, que la paix soit sur lui, comportait en effet une critique de certaines pratiques qui faisaient passer les traditions humaines et les apparences religieuses avant les finalités de la Loi, comme le montre cette parole dans les Évangiles :

« Vous avez abandonné le commandement de Dieu et vous vous êtes attachés à la tradition des hommes. » (Marc ٧: ٨){1}

On y trouve également sa critique de certains scribes et pharisiens, en raison de leur souci de la forme extérieure de la religion au détriment de l’essence de la justice et de la miséricorde :

« Malheur à vous, scribes et pharisiens hypocrites, car vous nettoyez le dehors de la coupe et du plat, alors qu’au-dedans ils sont pleins de rapine. » (Matthieu ٢٣: ٢٥){2}

Selon cette hypothèse, la confrontation n’opposait pas Jésus, que la paix soit sur lui, à l’ensemble des fils d’Israël, ni à tous ceux qui se réclamaient du judaïsme, mais à un courant religieux qui voyait dans son appel une menace pour le système d’autorité constitué autour de l’interprétation de la religion. Ramener l’être humain directement à l’autorité divine de référence signifie en effet réduire la capacité de toute autorité humaine à monopoliser la compréhension de la révélation.

L’enjeu fondamental du conflit devient donc le suivant : la Loi sera-t-elle une voie vers la guidance, la justice et la miséricorde ? Ou se transformera-t-elle en un système humain doté du pouvoir d’en contrôler l’interprétation et de déterminer sa relation avec l’être humain ?

Cette hypothèse inscrit ainsi le message de Jésus, que la paix soit sur lui, dans une succession de messages qui ont affronté la déviation de l’autorité de référence lorsque les traditions humaines se sont mises à concurrencer la révélation ou à la voiler.

Quatrièmement : Muhammad ﷺ et le retour du conflit à ses racines

Lorsque le prophète Muhammad ﷺ est venu, l’islam ne s’est pas présenté comme un message séparé de l’histoire de la révélation, mais comme le prolongement des messages antérieurs et la correction des déviations humaines qui s’y étaient introduites :

﴿وَمُصَدِّقًا لِّمَا بَيْنَ يَدَيْهِ مِنَ الْكِتَابِ وَمُهَيْمِنًا عَلَيْهِ﴾ (Confirmant ce qui l’a précédé de l’Écriture et veillant sur elle.) [المائدة: ٤٨]

Le Coran a réordonné la relation entre l’être humain et la révélation, faisant de Dieu seul l’autorité suprême de référence et ramenant l’être humain à la disposition originelle selon laquelle Dieu l’a créé :

﴿فَأَقِمْ وَجْهَكَ لِلدِّينِ حَنِيفًا ۚ فِطْرَتَ اللَّهِ الَّتِي فَطَرَ النَّاسَ عَلَيْهَا﴾ (Tourne donc ton visage vers la religion en pur monothéiste : telle est la disposition originelle selon laquelle Dieu a créé les humains.) [الروم: ٣٠]

Selon cette hypothèse, l’apparition de l’islam a constitué un défi pour des systèmes religieux qui avaient édifié leur autorité autour de l’interprétation de la révélation. Le nouveau message ne venait pas de l’extérieur du contexte abrahamique, mais de son sein, porteur d’un appel à rendre directement à Dieu l’autorité de référence.

C’est pourquoi le Prophète ﷺ s’est heurté à la résistance de multiples acteurs, parmi lesquels les docteurs juifs de Médine qui sont entrés en conflit avec l’appel islamique. Le Coran mentionne les positions de certains de ces groupes : leur refus de croire au message, malgré leur connaissance des attributs du Prophète mentionnés dans leurs livres selon la conception coranique ; leurs controverses autour de la révélation et du message ; leurs tentatives de semer le doute sur cet appel.

﴿وَلَمَّا جَاءَهُمْ كِتَابٌ مِّنْ عِندِ اللَّهِ مُصَدِّقٌ لِّمَا مَعَهُمْ وَكَانُوا مِن قَبْلُ يَسْتَفْتِحُونَ عَلَى الَّذِينَ كَفَرُوا فَلَمَّا جَاءَهُم مَّا عَرَفُوا كَفَرُوا بِهِ﴾ (Et lorsqu’un Livre venant de Dieu leur parvint, confirmant ce qu’ils détenaient — alors qu’auparavant ils imploraient la victoire sur ceux qui avaient mécru —, lorsque leur parvint ce qu’ils reconnaissaient, ils le renièrent.) [البقرة: ٨٩]

Il dit également :

﴿وَدَّ كَثِيرٌ مِّنْ أَهْلِ الْكِتَابِ لَوْ يَرُدُّونَكُم مِّنْ بَعْدِ إِيمَانِكُمْ كُفَّارًا حَسَدًا مِّنْ عِندِ أَنفُسِهِمْ﴾ (Beaucoup de gens du Livre souhaiteraient vous ramener à la mécréance après votre foi, par une jalousie issue d’eux-mêmes.) [البقرة: ١٠٩]

Selon cette hypothèse, le conflit ne portait pas seulement sur l’acceptation d’un nouveau messager, mais sur l’effondrement d’un ancien système d’autorité de référence face à un message qui ramène l’être humain à la révélation comme référence suprême.

Mais mettre à bas le texte coranique n’était pas possible, selon la promesse divine de préservation. Le terrain s’est donc déplacé vers l’être humain qui porte le texte : comment comprend-il le Coran ? Qui en détermine l’interprétation ? Quelles traditions entrent dans sa compréhension ? Et qui détient l’autorité de parler au nom de la religion ?

C’est ici qu’apparaît la transformation fondamentale : de la tentative de mettre à bas le message à celle d’influencer sa compréhension.

Cinquièmement : du combat contre le texte à l’influence sur sa compréhension

Si le Coran est préservé, modifier le texte devient impossible. Le conflit se déplace donc vers les domaines qui entourent le texte.

La tradition transmise : parce qu’elle constitue un domaine humain où les positions et les divergences peuvent se multiplier et participer à la formation de la compréhension religieuse.

L’interprétation : parce que l’interprétation du texte détermine la manière dont l’être humain l’aborde et influe sur les prescriptions et sur la vision générale de la religion.

L’autorité de référence : parce que l’instance qui détient le droit d’interpréter le texte dispose d’une grande capacité à façonner la conscience religieuse et sociale.

D’où la question centrale :

L’être humain suit-il le Coran ? Ou suit-il un système interprétatif construit autour du Coran ?

Sixièmement : l’application de l’hypothèse à l’histoire islamique

Après la mort du Prophète ﷺ, des divergences politiques sont apparues au sujet de la direction et de l’administration de la société, puis ont évolué en grandes écoles intellectuelles et confessionnelles, chacune ayant sa conception propre de l’autorité religieuse de référence.

Ainsi sont nés le courant chiite, qui a fait de l’imamat un axe fondamental de la construction de l’autorité religieuse et politique de référence, et le courant sunnite, qui a fait du califat, de la communauté et de la valeur probante de la Sunna un axe fondamental de la construction de cette autorité.

Au fil du temps, les traditions transmises, les interprétations et les écoles de théologie et de jurisprudence sont devenues des éléments constitutifs de l’identité de chaque courant.

Selon cette hypothèse, le Coran n’a pas changé, mais les instances qui parlent en son nom se sont multipliées. Le texte est demeuré un, tandis que les lectures humaines qui l’entourent se sont multipliées.

La question revient alors : la divergence se situe-t-elle dans le Coran ? Ou dans la compréhension humaine du Coran ?

Septièmement : l’application de l’hypothèse à la réalité contemporaine

Selon cette lecture, le conflit autour de l’autorité de référence n’est pas resté cantonné aux livres et aux doctrines ; il s’est étendu à l’histoire politique et civilisationnelle, où les idées religieuses et les identités culturelles sont devenues des composantes de projets de puissance et d’influence.

La question palestinienne figure parmi les exemples les plus marquants avancés par cette hypothèse. Celle-ci considère que l’établissement du projet juif sioniste en Palestine n’a pas été un simple événement politique isolé, mais s’est inscrit dans une imbrication d’idées religieuses et politiques et d’intérêts internationaux.

La question posée par cette lecture est la suivante : comment la relation entre certaines forces chrétiennes occidentales et le mouvement juif sioniste est-elle passée d’une longue histoire de conflits à un degré de coopération politique et militaire ?

Selon cette hypothèse, l’explication de cette transformation ne repose pas sur le seul facteur religieux, mais sur l’imbrication de la religion avec les intérêts politiques et stratégiques. Certains courants chrétiens occidentaux, notamment ceux qui soutiennent le sionisme chrétien, ont vu dans la création d’Israël l’accomplissement de conceptions religieuses qui leur sont propres, tandis que les puissances politiques occidentales ont vu dans le soutien à Israël des intérêts liés à l’influence et à la géopolitique.

Dans cette perspective, la question ne porte plus sur les relations des religions entre elles, mais sur la manière dont les idées religieuses sont mobilisées au sein de projets politiques.

Cette hypothèse considère également que les divisions au sein du monde islamique, notamment les conflits politiques et confessionnels, ont affaibli la capacité à construire une vision commune des grandes questions et créé un environnement favorisant la persistance de l’influence dans la région.

L’hypothèse revient ici à son idée fondamentale : si le conflit premier consiste à contrôler la compréhension de la révélation, ses effets dans l’histoire apparaissent lorsque les divisions humaines autour de la religion deviennent des instruments du conflit politique.

La question n’est donc plus seulement : qui possède la terre ? Mais aussi : qui détient la capacité de façonner la conscience humaine ? Et qui peut orienter les choix de l’être humain, le diviser et le maintenir dans des conflits qui l’empêchent de percevoir les intérêts communs ?

Conclusion : la préservation du texte ne met pas fin au conflit, elle le déplace vers l’être humain

Selon cette hypothèse, le plus grand conflit de l’histoire des religions n’a pas porté seulement sur l’existence ou la pérennité du texte sacré, car la révélation — selon la foi coranique — est préservée par Dieu. Mais le conflit s’est déplacé vers le domaine le plus déterminant : vers l’être humain qui interprète le texte.

S’il est impossible de modifier le Livre, l’influence s’exerce à travers la manière de le comprendre, les traditions qui l’entourent, les instances de référence qui parlent en son nom et les groupes qui font de leur interprétation particulière le critère de la vérité.

La question la plus importante n’est donc pas : le Coran a-t-il subsisté ? Car la réponse, selon la foi coranique, est oui. La question est plutôt :

Le Coran est-il demeuré la référence suprême dans la conscience humaine ? Ou les systèmes humains qui l’entourent se sont-ils mis à le concurrencer dans la formation de la compréhension et de la croyance ?

Le Coran est un, mais l’histoire a montré la multiplicité des écoles et des courants qui ont parlé en son nom, chaque école présentant sa lecture comme la plus proche de la vérité.

Dès lors, la grande bataille — selon cette hypothèse — ne se livre pas contre le texte divin, puisque celui-ci est préservé, mais contre la propension de l’être humain à transformer sa compréhension du texte en une autorité supérieure au texte.

La question centrale demeure donc : si Dieu s’est chargé de préserver le Coran, où le conflit s’est-il déplacé ?

La réponse proposée par cette hypothèse est la suivante : il s’est déplacé de la modification du Livre à son interprétation, de la confrontation avec la révélation au contrôle de sa compréhension, et du texte sacré à l’autorité qui parle en son nom.

La véritable épreuve de l’être humain demeure : fait-il de la révélation le juge de ses idées, de son héritage et de ses intérêts ? Ou fait-il de ses idées, de son héritage et de ses intérêts les juges de la révélation ?