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Les fils d’Adam et les fils d’Israël

Le Coran de l’intérieur

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Le premier crime et le dévoilement de l’identité de ceux qui égarent : une méditation qui recherche le nom et l’empreinte à partir du Coran lui-même.

L’histoire du conflit entre l’être humain et le diable n’a pas commencé lorsque l’être humain est descendu sur terre, mais auparavant, lorsqu’Iblīs a déclaré sa position à l’égard d’Adam, puis demandé un sursis et promis de se poster pour l’être humain sur la voie droite, et de l’assaillir de différentes directions afin de le faire tomber dans l’égarement.

Mais le Coran nous révèle que l’action d’égarer ne se limitait pas au monde des djinns : de même qu’il existe un diable parmi les djinns, il existe un diable parmi les humains. C’est à partir de là que la méditation se met en quête du personnage humain qui a participé au projet d’égarement, du nom que portait ce personnage et des attributs qui révèlent sa réalité lorsque le nom seul ne suffit pas.

Le premier crime

﴿وَاتْلُ عَلَيْهِمْ نَبَأَ ابْنَيْ آدَمَ بِالْحَقِّ إِذْ قَرَّبَا قُرْبَانًا فَتُقُبِّلَ مِنْ أَحَدِهِمَا وَلَمْ يُتَقَبَّلْ مِنَ الْآخَرِ﴾ (Et récite-leur en toute vérité le récit des deux fils d’Adam, lorsqu’ils présentèrent chacun une offrande : celle de l’un fut acceptée, mais celle de l’autre ne le fut pas.) [المائدة: ٢٧]

Puis les événements conduisent au premier meurtre :

﴿فَطَوَّعَتْ لَهُ نَفْسُهُ قَتْلَ أَخِيهِ فَقَتَلَهُ فَأَصْبَحَ مِنَ الْخَاسِرِينَ﴾ (Son âme l’incita alors à tuer son frère ; il le tua et fut ainsi du nombre des perdants.) [المائدة: ٣٠]

Vient ensuite la deuxième étape du crime : en dissimuler la trace.

﴿فَبَعَثَ اللَّهُ غُرَابًا يَبْحَثُ فِي الْأَرْضِ لِيُرِيَهُ كَيْفَ يُوَارِي سَوْءَةَ أَخِيهِ﴾ (Dieu envoya alors un corbeau qui fouillait la terre pour lui montrer comment ensevelir la dépouille de son frère.) [المائدة: ٣١]

Vient ensuite le verset qui ouvre la voie à la méditation :

﴿مِنْ أَجْلِ ذَٰلِكَ كَتَبْنَا عَلَىٰ بَنِي إِسْرَائِيلَ أَنَّهُ مَن قَتَلَ نَفْسًا بِغَيْرِ نَفْسٍ أَوْ فَسَادٍ فِي الْأَرْضِ فَكَأَنَّمَا قَتَلَ النَّاسَ جَمِيعًا﴾ (C’est pour cela que Nous avons prescrit aux fils d’Israël que quiconque tue une personne, sans que celle-ci ait tué une personne ou semé la corruption sur terre, est comme s’il avait tué l’humanité entière.) [المائدة: ٣٢]

Le Coran place ici devant nous une ligne continue : les fils d’Adam ← le premier meurtre ← la tentative de dissimuler le crime ← les fils d’Israël.

De là est née la question : qui sont les fils d’Israël ? Et qui est cet Israël dont ils portent le nom ? Le passage, dans le Coran, des fils d’Adam aux fils d’Israël après l’évocation du premier crime a-t-il une signification qui dépasse le simple récit d’une histoire passée ?

C’est une question de méditation, non de transmission.

Israël avant les fils d’Israël

Le Coran ne mentionne pas toujours Israël comme un groupe ; il le mentionne aussi au singulier :

﴿كُلُّ الطَّعَامِ كَانَ حِلًّا لِّبَنِي إِسْرَائِيلَ إِلَّا مَا حَرَّمَ إِسْرَائِيلُ عَلَىٰ نَفْسِهِ مِنْ قَبْلِ أَن تُنَزَّلَ التَّوْرَاةُ﴾ (Toute nourriture était licite pour les fils d’Israël, sauf ce qu’Israël s’était interdit à lui-même avant que la Torah ne fût révélée.) [آل عمران: ٩٣]

Ici apparaît Israël au singulier, puis les fils d’Israël en tant que groupe. Plus important encore : l’acte d’Israël a eu lieu avant la révélation de la Torah. Le Coran dit ensuite :

﴿قُلْ فَأْتُوا بِالتَّوْرَاةِ فَاتْلُوهَا إِن كُنتُمْ صَادِقِينَ﴾ (Dis : apportez donc la Torah et récitez-la, si vous êtes véridiques.) [آل عمران: ٩٣]

Le Coran lui-même situe donc Israël à une époque antérieure à la Torah. Dès lors, la recherche sur Israël ne porte plus seulement sur un nom historique, mais sur un personnage antérieur au Livre dont les fils d’Israël ont été les porteurs.

Le crime n’a pas pris fin

Si le premier meurtre a eu lieu entre les deux fils d’Adam, les fils d’Israël ne s’en sont pas tenus à la connaissance du premier crime : le Coran décrit une longue histoire de transgression de l’alliance, d’altération des paroles, de dissimulation de ce que Dieu a révélé et de meurtre des messagers.

﴿كُلَّمَا جَاءَهُمْ رَسُولٌ بِمَا لَا تَهْوَىٰ أَنفُسُهُمْ فَرِيقًا كَذَّبُوا وَفَرِيقًا يَقْتُلُونَ﴾ (Chaque fois qu’un messager leur apportait ce que leurs âmes ne désiraient pas, ils traitaient les uns de menteurs et tuaient les autres.) [المائدة: ٧٠]

La question s’approfondit ainsi : si le premier crime avait révélé à l’être humain la gravité du fait de tuer une personne, pourquoi le meurtre s’est-il répété par la suite ? Pourquoi la déviation a-t-elle persisté après la révélation du Livre et du pacte ? Pourquoi le dévoilement du premier crime n’est-il pas devenu une leçon mettant fin au crime ?

Il ne s’agit plus simplement du crime d’un individu : c’est devenu une méthode qui se répète à travers le temps.

Les deux êtres qui égarent

Le Coran révèle l’existence de diables parmi les humains et les djinns :

﴿وَكَذَٰلِكَ جَعَلْنَا لِكُلِّ نَبِيٍّ عَدُوًّا شَيَاطِينَ الْإِنسِ وَالْجِنِّ يُوحِي بَعْضُهُمْ إِلَىٰ بَعْضٍ زُخْرُفَ الْقَوْلِ غُرُورًا﴾ (Ainsi avons-Nous assigné à chaque prophète un ennemi : les diables parmi les humains et les djinns, qui s’inspirent les uns aux autres des paroles enjolivées pour tromper.) [الأنعام: ١١٢]

Il y a donc deux parties prenantes au projet d’égarement : un diable parmi les djinns et un diable parmi les humains. De là se dégagent, dans cette méditation, deux personnages : Iblīs parmi les djinns et Israël parmi les humains.

Iblīs : le nom et l’attribut

Iblīs est le nom que le Coran donne au personnage qui a désobéi à l’ordre de Dieu dans le récit d’Adam ; le diable, en revanche, est une qualification du rôle qu’il remplit. C’est Iblīs qui a dit :

﴿أَنظِرْنِي إِلَىٰ يَوْمِ يُبْعَثُونَ﴾ (Accorde-moi un sursis jusqu’au jour où ils seront ressuscités.) [الأعراف: ١٤]

Il lui fut répondu : ﴿إِنَّكَ مِنَ الْمُنظَرِينَ﴾ (Tu es de ceux à qui un sursis est accordé.) | الأعراف: ١٥

Puis il annonça sa mission :

﴿لَأَقْعُدَنَّ لَهُمْ صِرَاطَكَ الْمُسْتَقِيمَ﴾ (Je me posterai assurément pour eux sur Ta voie droite.) [الأعراف: ١٦]

C’est un projet continu : séduire ← s’égarer ← égarer ← éloigner l’être humain du chemin. Dès lors, le diable devient une qualification de ce personnage et de son rôle dans le projet.

Quant au ṭāghūt, il s’inscrit dans le même système d’égarement : le Coran évoque la foi dans le jibt et le ṭāghūt, le recours à l’arbitrage du ṭāghūt et le combat dans la voie du ṭāghūt. La méditation considère donc ces noms comme les composantes d’un même système, tout en maintenant que chaque nom doit être déterminé à partir du Coran lui-même.

Celui qui égare parmi les humains

Si Iblīs représente la partie du projet de séduction qui relève de l’invisible, qui en est la partie humaine ? C’est ici qu’apparaît le personnage d’al-Sāmirī, que le Coran ne se contente pas de mentionner, mais dont il précise la fonction :

﴿فَإِنَّا قَدْ فَتَنَّا قَوْمَكَ مِن بَعْدِكَ وَأَضَلَّهُمُ السَّامِرِيُّ﴾ (Nous avons certes mis ton peuple à l’épreuve après ton départ, et al-Sāmirī les a égarés.) [طه: ٨٥]

Al-Sāmirī ne s’est donc pas seulement égaré lui-même : il a égaré un peuple, puis fabriqué le veau, puis dit :

﴿هَٰذَا إِلَٰهُكُمْ وَإِلَٰهُ مُوسَىٰ﴾ (Voici votre dieu et le dieu de Moïse.) [طه: ٨٨]

L’empreinte apparaît ici : connaissance ← déviation ← fabrication d’un symbole ← égarement du groupe ← transformation de l’égarement individuel en égarement collectif. Ce sont ces attributs qui font du nom d’al-Sāmirī un objet de méditation dans la recherche sur Israël.

Israël, al-Sāmirī et le jibt

L’hypothèse atteint ici son centre : Israël est le nom, al-Sāmirī un attribut qui révèle la fonction, et le jibt une qualification qui s’inscrit dans le système de déviation et d’égarement.

Il ne s’agit donc pas de dire que le Coran aurait affirmé littéralement : Israël est al-Sāmirī, mais que la recherche tente de découvrir un personnage unique qui porte ce nom et qui apparaît sous différents attributs et dans différents rôles dans le Coran.

De même qu’Iblīs est le nom, et le diable la qualification et le rôle, l’hypothèse de la recherche énonce : Israël est le nom, et al-Sāmirī et le jibt révèlent des aspects de son attribut et de son rôle.

La comparaison doit ici se poursuivre jusqu’à ce que l’empreinte soit complète.

Celui qui reçut les signes, puis s’en dépouilla

Le Coran mentionne un autre personnage sans le nommer :

﴿وَاتْلُ عَلَيْهِمْ نَبَأَ الَّذِي آتَيْنَاهُ آيَاتِنَا فَانْسَلَخَ مِنْهَا فَأَتْبَعَهُ الشَّيْطَانُ فَكَانَ مِنَ الْغَاوِينَ﴾ (Et récite-leur le récit de celui à qui Nous avions donné Nos signes et qui s’en dépouilla ; le diable le poursuivit alors, et il fut du nombre des égarés.) [الأعراف: ١٧٥]

﴿وَلَوْ شِئْنَا لَرَفَعْنَاهُ بِهَا وَلَٰكِنَّهُ أَخْلَدَ إِلَى الْأَرْضِ وَاتَّبَعَ هَوَاهُ﴾ (Si Nous l’avions voulu, Nous l’aurions élevé par eux ; mais il s’attacha à la terre et suivit sa passion.) [الأعراف: ١٧٦]

Ce personnage présente des attributs d’une très grande importance : il reçut les signes ← les connut ← s’en dépouilla ← suivit le diable ← devint l’un des égarés ← s’attacha à la terre ← suivit sa passion.

C’est ici que se rejoignent les deux parties prenantes du projet : le diable séduit, et l’être humain se dépouille des signes et le suit. De là vient l’hypothèse selon laquelle Israël serait le personnage humain qui a participé avec Iblīs au projet d’égarement et d’action visant à égarer.

Deux personnages sur terre

Selon cette méditation, deux parties prenantes apparaissent dans l’histoire humaine. La première appartient aux djinns : Iblīs, dont la qualification est le diable et dont le rôle consiste à séduire et à égarer. La seconde appartient aux humains : Israël, dont l’empreinte apparaît à travers al-Sāmirī, le jibt et le personnage qui reçut les signes, puis s’en dépouilla et fut suivi par le diable.

Le projet devient ainsi : Iblīs séduit, et Israël égare ; le premier appartient aux djinns, le second aux humains, et tous deux œuvrent dans une même direction : éloigner l’être humain de la voie de Dieu.

Et où se situent les fils d’Israël ?

Si Israël est le porteur de cette empreinte, les fils d’Israël sont le groupe qui a porté son nom. Le Coran ne dit pas que tous les fils d’Israël se situaient au même degré, mais il révèle que beaucoup d’entre eux ont transgressé l’alliance, altéré, dissimulé, traité de mensonge et tué.

La relation peut ainsi être comprise dans un cadre différent : Israël est le porteur de l’empreinte, et les fils d’Israël le groupe qui a porté le nom ; certains ont suivi la méthode, d’autres s’en sont écartés. Mais l’histoire que présente le Coran révèle que la déviation ne s’est pas interrompue.

Les fils d’Israël ont-ils contribué à dissimuler la vérité ?

S’il existe une personne porteuse de cette empreinte, et si le nom est passé d’un personnage à un groupe, la préservation du groupe exige que l’identité originelle reste à l’abri des regards. C’est ici qu’apparaissent dans le Coran les notions de rétention, de dissimulation et d’altération :

﴿يَا أَهْلَ الْكِتَابِ قَدْ جَاءَكُمْ رَسُولُنَا يُبَيِّنُ لَكُمْ كَثِيرًا مِّمَّا كُنتُمْ تُخْفُونَ مِنَ الْكِتَابِ﴾ (Ô gens du Livre, Notre messager est venu à vous, vous exposant clairement une grande partie de ce que vous dissimuliez du Livre.) [المائدة: ١٥]

﴿فَبِمَا نَقْضِهِم مِّيثَاقَهُمْ … يُحَرِّفُونَ الْكَلِمَ عَن مَّوَاضِعِهِ﴾ (En raison de leur rupture du pacte … ils détournent les paroles de leurs places.) [المائدة: ١٣]

La notion de dissimulation entre ici au cœur de la recherche : dissimulation ← altération ← déplacement du sens ← perpétuation du récit. De là est avancée l’hypothèse : le groupe des fils d’Israël a-t-il contribué à maintenir cachée la véritable identité d’Israël en altérant le récit, en déplaçant les mots et en dissimulant une partie du contenu du Livre ?

Si cela est établi, l’altération ne sera pas une simple transgression religieuse : elle deviendra un élément de la protection de l’identité d’un personnage et de la perpétuation de son projet.

Pourquoi était-il important de dissimuler l’identité ?

Parce que connaître l’identité change le sens de l’histoire tout entière. Si l’être humain découvre que, derrière la chaîne des actions visant à égarer, se trouve un seul personnage humain, puis voit comment ses attributs ont circulé entre les noms, les récits et les groupes, la lecture de l’histoire s’en trouvera changée.

Mais si le nom se trouve séparé de l’empreinte, et l’empreinte répartie entre différents personnages, le personnage originel disparaît.

Le nom demeure, et l’empreinte se perd ; l’histoire demeure, et le premier crime disparaît. Tel est le cœur de l’hypothèse.

Pourquoi le Coran est-il l’arbitre ?

Parce que le Coran ne nous demande pas d’accepter un récit au seul motif qu’il aurait été transmis de génération en génération. Il dit au contraire :

﴿أَفَلَا يَتَدَبَّرُونَ الْقُرْآنَ﴾ (Ne méditent-ils donc pas le Coran ?) [النساء: ٨٢]

﴿وَأَنزَلْنَا إِلَيْكَ الْكِتَابَ بِالْحَقِّ … وَمُهَيْمِنًا عَلَيْهِ﴾ (Et Nous avons fait descendre vers toi le Livre en toute vérité … et en gardien de ce qui le précède.) [المائدة: ٤٨]

Le Coran est donc le critère. C’est pourquoi la recherche ne part pas de la Torah pour parvenir au Coran, mais part du Coran, puis revient à ce qui l’a précédé pour le mettre à l’épreuve. Si le récit concorde avec le Coran, il est accepté sur le point de concordance ; s’il en diffère, le jugement revient au Coran ; et si nous ne trouvons pas dans le Coran de jugement décisif, la question reste dans le domaine de la méditation et de la recherche.

Le dévoilement majeur

Lorsque nous réunissons les fils : les fils d’Adam, puis le premier crime, puis la dissimulation du crime, puis les fils d’Israël, puis Israël au singulier, puis la rupture de l’alliance, l’altération et la dissimulation, puis le meurtre des messagers, puis al-Sāmirī qui égara son peuple, puis celui qui reçut les signes, s’en dépouilla et suivit le diable, puis le jibt et le ṭāghūt, puis les diables parmi les humains et les djinns — une seule hypothèse se dessine devant nous :

Derrière l’histoire de l’égarement humain se trouveraient deux parties prenantes : l’une, parmi les djinns, représentée par Iblīs, et l’autre, parmi les humains, représentée par le personnage d’Israël ; l’empreinte humaine de ce projet apparaîtrait dans les attributs d’al-Sāmirī, du jibt et du personnage qui reçut les signes, puis s’en dépouilla, tandis que le groupe qui a porté le nom d’Israël serait devenu un élément de la perpétuation de cette empreinte à travers l’histoire.

Selon cette conception, le problème ne résidait pas dans le seul crime, mais dans la dissimulation de son auteur et de son identité.

Le premier crime n’était pas seulement le meurtre

Le premier crime dévoilé par le Coran pourrait être plus vaste que le simple meurtre du frère : le meurtre est un crime, mais la tentative de dissimuler le crime en est un autre ; la perpétuation de la méthode après en avoir pris connaissance est un troisième crime ; et la transformation du crime en histoire, en récit et en identité collective constitue l’étape la plus dangereuse.

Dès lors, la question devient : cherchait-on à faire oublier à l’être humain celui qui avait commencé le crime, et non seulement le crime lui-même ?

L’être humain peut se souvenir que le meurtre est interdit, mais ignorer d’où est parti le schéma du meurtre. Il peut savoir qu’il existe un diable qui égare les gens, sans rechercher son partenaire humain. Il peut connaître le nom d’Israël, sans rechercher l’empreinte que porte ce nom. Il peut lire al-Sāmirī comme un personnage du passé, sans se demander : al-Sāmirī est-il le nom d’une personne dont l’existence a pris fin, ou la qualification d’une empreinte qui s’est perpétuée ?

Israël à travers le temps

Selon cette conception, le personnage d’Israël ne serait pas lié à une seule époque ; son empreinte se prolongerait : séduction ← action d’égarer ← altération ← fabrication d’un récit ← dissimulation de la vérité ← adhésion du groupe ← perpétuation de l’empreinte. Iblīs demeure de l’autre côté du projet, et c’est pourquoi il dit :

﴿لَأَقْعُدَنَّ لَهُمْ صِرَاطَكَ الْمُسْتَقِيمَ﴾ (Je me posterai assurément pour eux sur Ta voie droite.) [الأعراف: ١٦]

Son action n’est pas solitaire, puisque le Coran lui-même a parlé des diables parmi les humains et les djinns. L’être humain qui se dépouille des signes et suit le diable devient ici partie prenante du même projet.

Et la véritable crainte

Si cette hypothèse est juste, le plus dangereux qui puisse arriver à l’être humain n’est pas de connaître le crime, mais de connaître le crime sans connaître le porteur de l’empreinte ; car la connaissance du crime empêche sa répétition, tandis que la dissimulation de son auteur le rend susceptible d’être reproduit.

Nous pouvons alors comprendre pourquoi le dévoilement de l’identité devient un élément de la bataille : il ne s’agit pas de démasquer une personne pour se venger d’elle, mais de dévoiler le modèle afin qu’il ne se perpétue pas.

Qu’en concluons-nous ?

L’histoire des fils d’Adam ouvre la voie, les fils d’Israël élargissent la question, et Israël au singulier ramène la question à une seule personne. Al-Sāmirī révèle le modèle de l’être humain qui égare un groupe ; celui qui reçut les signes, puis s’en dépouilla, révèle l’être humain qui abandonna les signes et suivit le diable ; le jibt et le ṭāghūt apparaissent dans le système de déviation ; et Iblīs demeure l’autre partie prenante du projet d’égarement.

Entre ces fils se dessine une conception : deux êtres œuvrent à égarer les humains ; l’un appartient aux djinns, c’est Iblīs, que le Coran a qualifié de diable ; l’autre appartient aux humains, c’est Israël, dont l’attribut se révèle, dans cette méditation, à travers al-Sāmirī, le jibt et le personnage qui reçut les signes, s’en dépouilla et fut suivi par le diable.

Et entre eux se trouvent les fils d’Israël : un groupe portant le nom d’Israël, dont l’histoire fait apparaître des formes d’altération, de rupture de l’alliance, de dissimulation de la vérité, d’opposition aux messagers et de meurtre de certains d’entre eux.

Dès lors, dévoiler le premier crime n’est plus la fin de la recherche, mais son commencement. Le Coran n’a pas raconté l’histoire des deux fils d’Adam pour nous apprendre seulement que l’être humain a tué son frère ; il nous a laissé une question : d’où est partie l’empreinte ? Puis il nous a conduits aux fils d’Israël, des fils d’Israël à Israël, d’Israël à al-Sāmirī, au jibt et au personnage qui s’est dépouillé des signes, et de là à Iblīs, au diable et aux diables parmi les humains et les djinns.

L’arbitre demeure : le Coran. Si le Coran établit la concordance, elle est établie ; s’il révèle une différence, elle tombe ; et s’il laisse la question sans la trancher, elle demeure une méditation ouverte.

Mais, au terme de ce parcours, la question n’est plus : qui est Israël selon les récits transmis ? Elle devient : qui est Israël tel que le Coran le révèle ? C’est ici que commence la véritable recherche.

Quand le nom est revenu, l’empreinte est apparue

Si le Coran a révélé dès le commencement le fil du crime, puis que l’identité de son auteur a été dissimulée à travers l’histoire, la tromperie ne s’accomplit pleinement qu’en cachant le véritable nom de l’auteur, puis en réécrivant l’histoire de manière à attribuer ce nom à un autre que celui qui le porte.

Dès lors, le choix du nom « Israël » pour un État créé en Palestine des milliers d’années plus tard devient une question incontournable : pourquoi Israël ? Et pourquoi n’a-t-on pas repris le nom de Jacob ?

Dans ce parcours, il ne semble pas s’agir de la simple reprise d’un nom historique, mais du retour du nom que l’histoire a soustrait au premier crime. Si Jacob, dans le portrait coranique, est l’homme patient et clairvoyant qui ne se laisse pas tromper par le récit mensonger, « Israël », dans l’empreinte que révèle cette méditation, se rattache à une autre trajectoire : le meurtre, l’action d’égarer, le déracinement et la dissimulation de la vérité.

La Palestine devient ici l’ultime moment de mise à l’épreuve : après des milliers d’années, le nom d’Israël est revenu à l’existence politique, et avec lui est revenu — selon cette lecture — le comportement que révèle l’empreinte coranique : tuer l’être humain et le chasser de sa terre, sous différentes appellations, jusqu’à ce que le meurtre et le déracinement deviennent une marque indissociable du nom dans la réalité contemporaine.

La question n’est donc plus : pourquoi ont-ils choisi le nom d’Israël ? Elle devient cette question plus grave : le nom est-il revenu parce que la véritable identité n’avait pas disparu, mais avait seulement été dissimulée ?

Si le Coran a révélé l’empreinte, puis que l’histoire s’est montrée incapable d’en révéler le porteur, la réapparition du nom à la fin des temps devient une conséquence inéluctable de l’ancienne tromperie : le crime a été dissimulé et l’empreinte est demeurée ; l’identité a été dissimulée et le nom est demeuré ; et lorsque le nom est réapparu, l’empreinte est apparue de nouveau.

C’est ici qu’apparaît le grand paradoxe : le Coran était devant les musulmans depuis des siècles, mais il a été délaissé en tant que Livre à méditer, à mettre à l’épreuve et dont les passages doivent être reliés les uns aux autres. Si le Coran avait été compris, si les versets avaient été lus dans leur contexte, si l’on s’était interrogé sur la raison du passage des fils d’Adam aux fils d’Israël, sur le sens d’Israël au singulier et sur la relation d’al-Sāmirī, du jibt, du ṭāghūt et du diable avec le système d’égarement, peut-être la question serait-elle apparue avant le retour du nom dans l’histoire.

Mais lorsque le Coran est délaissé, ce n’est pas seulement la réponse qui se perd : c’est la question elle-même.

Le Coran a dévoilé la tromperie, mais ceux qui l’ont délaissé n’ont pas vu ce qui avait été dévoilé devant eux ; et lorsque le nom d’Israël est revenu dans l’histoire, ils n’ont pas reconnu l’empreinte qui avait précédé ce nom de milliers d’années. La tromperie ne tenait donc pas à ce que le Coran n’aurait rien dévoilé, mais à ce que l’être humain n’avait pas médité ce qui lui avait été dévoilé.

Conclusion : le délaissement du Coran et son effet sur le conflit avec Israël

Le problème est que les musulmans, dans leur manière d’aborder la question d’Israël, ne sont pas revenus au Coran en tant qu’arbitre ; beaucoup d’entre eux l’ont plutôt abordée à travers l’héritage islamique et l’exégèse traditionnelle.

C’est là que réside le paradoxe : dans sa conception courante, la tradition islamique ne déconstruit pas le récit sur lequel repose l’identité de l’Israël moderne, mais le traite bien souvent dans le même cadre : Israël est Jacob, les fils d’Israël sont sa descendance, et la Palestine est liée à une ancienne promesse divine.

Ainsi, le discours islamique ne confronte pas le récit israélien à ses racines, mais entre avec lui dans un conflit politique portant sur la terre, tandis que le fondement religieux sur lequel s’appuie ce récit demeure sans déconstruction coranique suffisante. Cela — selon cette lecture — contribue à la persistance de la sympathie internationale envers Israël, particulièrement dans certains milieux du monde chrétien, parce que le récit israélien semble s’accorder avec une histoire religieuse que le monde chrétien connaît et à laquelle il croit.

Le retour au Coran ouvre, quant à lui, une voie entièrement différente : avant de rechercher la promesse, nous devons rechercher Israël ; avant de rechercher la terre, nous devons rechercher l’identité ; et avant d’accepter le récit historique, nous devons le confronter au Coran.

La question centrale devient alors : les musulmans se sont-ils trompés lorsqu’ils ont délaissé le Coran au profit de la tradition, laissant sans déconstruction le récit sur lequel s’est fondée la légitimité de l’Israël moderne, alors que le Coran lui-même ouvrait une voie différente pour comprendre Israël et les fils d’Israël ?

Dès lors, le retour au Coran n’est pas un simple retour religieux : il peut devenir une reconstruction de la vision arabe et islamique de la question palestinienne à partir de son fondement coranique.

Compagnon de lecture