Le troisième procès final
Le judaïsme
Le procès des témoins
Après les premier et deuxième procès
Ce procès n’est pas le commencement de l’affaire : il commence là où les deux procès précédents se sont achevés.
Lors du premier procès, le tribunal a demandé : où le crime a-t-il commencé ?
L’affaire a abouti à ceci : le meurtre du premier frère et la participation, avec Iblis, à l’égarement de l’être humain.
Puis est venu le deuxième procès, qui a demandé : qui est la part assignée, et quelle fonction remplit-elle ?
Le tribunal a alors rendu son jugement : le premier chef d’accusation a été établi : la part assignée. Le deuxième chef d’accusation a également été établi : l’exécution du projet d’égarement, de vains espoirs, d’ordre et d’altération.
Le tribunal a précisé que cette affaire ne visait pas l’ensemble des Enfants d’Israël, mais les Juifs : le groupe déterminé parmi les Enfants d’Israël que le Coran a décrit par ses actes et ses positions, et qui s’est lui-même nommé « Juifs ».
Ainsi, le troisième procès ne rouvre pas les jugements précédents. Le jugement antérieur est acquis.
Mais une question demeurait, à laquelle les deux procès n’avaient pas répondu : si le projet a été dévoilé, si la part a été dévoilée et si la fonction a été dévoilée… qui en a été témoin ?
C’est ici que commence le troisième procès.
Le premier procès : où le crime a-t-il commencé ?
Le deuxième procès : l’affaire de la « part assignée »
Première scène : d’Iblis à la part assignée
Le juge revient à l’origine du dossier. Iblis a dit :
﴿لَأَتَّخِذَنَّ مِنْ عِبَادِكَ نَصِيبًا مَّفْرُوضًا﴾ (Je prendrai assurément parmi Tes serviteurs une part assignée.) [النساء: 118]
Puis il a dévoilé la fonction de cette part :
﴿وَلَأُضِلَّنَّهُمْ وَلَأُمَنِّيَنَّهُمْ وَلَآمُرَنَّهُمْ فَلَيُبَتِّكُنَّ آذَانَ الْأَنْعَامِ وَلَآمُرَنَّهُمْ فَلَيُغَيِّرُنَّ خَلْقَ اللَّهِ﴾ (Je les égarerai assurément, je les bercerai assurément de vains espoirs et je leur donnerai assurément des ordres, de sorte qu’ils fendront les oreilles des bestiaux ; je leur donnerai assurément des ordres, de sorte qu’ils modifieront la création de Dieu.) [النساء: 119]
Mais le tribunal ne passe pas directement à l’identité de cette part ; il revient au commencement de la chaîne :
Iblis → Israël → les Enfants d’Israël.
Le Coran dit :
﴿كُلُّ الطَّعَامِ كَانَ حِلًّا لِّبَنِي إِسْرَائِيلَ إِلَّا مَا حَرَّمَ إِسْرَائِيلُ عَلَىٰ نَفْسِهِ مِن قَبْلِ أَن تُنَزَّلَ التَّوْرَاةُ﴾ (Toute nourriture était licite pour les Enfants d’Israël, sauf ce qu’Israël s’était interdit à lui-même avant que la Torah ne fût révélée.) [آل عمران: 93]
Puis il dit :
﴿وَمِن ذُرِّيَّةِ إِبْرَاهِيمَ وَإِسْرَائِيلَ﴾ (Et parmi la descendance d’Abraham et d’Israël.) [مريم: 58]
Israël est un nom singulier, et les Enfants d’Israël sont un groupe. Le Coran situe Israël dans son contexte avant la révélation de la Torah, puis emploie ensuite l’expression « les Enfants d’Israël ».
Le tribunal consigne donc le parcours qu’il mettra à l’épreuve : Iblis → Israël → les Enfants d’Israël. Mais il ne transforme pas ce parcours en accusation fondée sur la filiation : tous les Enfants d’Israël ne sont pas accusés.
Deuxième scène : des Enfants d’Israël aux Juifs
Le tribunal passe du nom au groupe que le Coran a décrit.
﴿مِنَ الَّذِينَ هَادُوا يُحَرِّفُونَ الْكَلِمَ عَن مَّوَاضِعِهِ﴾ (Parmi ceux qui ont adopté le judaïsme, certains détournent les paroles de leurs emplacements.) [النساء: 46]
﴿وَمِنَ الَّذِينَ هَادُوا سَمَّاعُونَ لِلْكَذِبِ… يُحَرِّفُونَ الْكَلِمَ مِن بَعْدِ مَوَاضِعِهِ﴾ (Et parmi ceux qui ont adopté le judaïsme, certains prêtent volontiers l’oreille au mensonge… Ils détournent les paroles après qu’elles ont été placées à leurs emplacements.) [المائدة: 41]
Puis apparaît le nom : les Juifs.
Mais le Coran ne permet pas de faire des Enfants d’Israël un bloc unique ; il dit au contraire : ﴿لَيْسُوا سَوَاءً﴾ (Ils ne sont pas tous semblables), et il dit : ﴿مِنْهُمْ أُمَّةٌ مُقْتَصِدَةٌ﴾ (Parmi eux se trouve une oumma qui suit une voie mesurée).
Le tribunal consigne donc une règle fondamentale : aucune accusation fondée sur la filiation.
L’affaire ne se présente pas ainsi : les Enfants d’Israël = des accusés. Elle concerne plutôt un groupe déterminé, que le Coran a décrit par des actes, des positions et une fonction. C’est ce groupe que le deuxième procès a finalement identifié dans cette affaire : les Juifs.
Troisième scène : de la part à la fonction
Le tribunal ouvre un autre dossier :
﴿أَلَمْ تَرَ إِلَى الَّذِينَ أُوتُوا نَصِيبًا مِّنَ الْكِتَابِ يُؤْمِنُونَ بِالْجِبْتِ وَالطَّاغُوتِ﴾ (N’as-tu pas vu ceux qui ont reçu une part du Livre ? Ils croient au jibt et au tāghūt.) [النساء: 51]
﴿لِمَ تَلْبِسُونَ الْحَقَّ بِالْبَاطِلِ وَتَكْتُمُونَ الْحَقَّ وَأَنتُمْ تَعْلَمُونَ﴾ (Pourquoi mêlez-vous le vrai au faux et dissimulez-vous le vrai, alors que vous savez ?) [آل عمران: 71]
﴿وَإِنَّ مِنْهُمْ لَفَرِيقًا يَلْوُونَ أَلْسِنَتَهُم بِالْكِتَابِ لِتَحْسَبُوهُ مِنَ الْكِتَابِ وَمَا هُوَ مِنَ الْكِتَابِ﴾ (Il est certes parmi eux un groupe qui tord la langue en récitant le Livre pour que vous croyiez que cela appartient au Livre, alors que cela n’appartient pas au Livre.) [آل عمران: 78]
Ici, le tribunal ne recherche pas un mot isolé, mais une conjonction :
La part + le Livre + la dissimulation du vrai + le mélange du vrai et du faux + la torsion du Livre + le jibt et le tāghūt.
Puis il revient à : ﴿لَأَتَّخِذَنَّ مِنْ عِبَادِكَ نَصِيبًا مَّفْرُوضًا﴾ (Je prendrai assurément parmi Tes serviteurs une part assignée).
C’est ici qu’a été rendu le jugement du deuxième procès : les Juifs sont la part assignée dans cette affaire. Le troisième procès ne réexamine pas ce jugement ; il demande plutôt : quelle est la nature de l’activité de cette part ?
Quatrième scène : un projet général et un projet particulier
Le tribunal découvre ici que le dossier d’Iblis comporte deux niveaux distincts.
Premièrement : le projet général — le dévoiement
Iblis a dit :
﴿لَأُغْوِيَنَّهُمْ أَجْمَعِينَ﴾ (Je les dévierai assurément tous.) [الحجر: 39]
La portée est donc ici vaste : tous. Le Coran dévoile les instruments de ce parcours, parmi lesquels :
﴿فَوَسْوَسَ لَهُمَا الشَّيْطَانُ﴾ (Alors Satan leur suggéra à tous deux.) [الأعراف: 20]
﴿وَشَارِكْهُمْ فِي الْأَمْوَالِ وَالْأَوْلَادِ﴾ (Et associe-toi à eux dans les biens et les enfants.) [الإسراء: 64]
﴿وَلَأُمَنِّيَنَّهُمْ﴾ (Et je les bercerai assurément de vains espoirs.) [النساء: 119]
﴿زُخْرُفَ الْقَوْلِ غُرُورًا﴾ (Des paroles enjolivées, pour tromper.) [الأنعام: 112]
Le tribunal se trouve donc devant un projet général :
Le dévoiement → la suggestion insidieuse → l’embellissement → les vains espoirs → l’influence.
C’est un projet qui vise l’être humain à grande échelle.
Deuxièmement : le projet particulier — l’égarement et l’altération
Mais le tribunal découvre un autre parcours, plus précisément délimité :
﴿وَلَأُضِلَّنَّهُمْ وَلَأُمَنِّيَنَّهُمْ وَلَآمُرَنَّهُمْ…﴾ (Je les égarerai assurément, je les bercerai assurément de vains espoirs et je leur donnerai assurément des ordres…) []
Une chaîne différente apparaît ici : l’égarement → les vains espoirs → l’ordre → l’altération.
Et le Coran lui-même dit :
﴿رَبَّنَا أَرِنَا الَّذَيْنِ أَضَلَّانَا مِنَ الْجِنِّ وَالْإِنسِ﴾ (Notre Seigneur, montre-nous les deux qui nous ont égarés, parmi les djinns et les hommes.) [فصلت: 29]
Apparaît alors devant le tribunal l’expression : « les deux qui nous ont égarés ». Et non : « les deux qui nous ont dévoyés ».
Le tribunal consigne ici la différence que révèle le Tadbur : le dévoiement décrit l’état de celui qui y est tombé, tandis que l’égarement est un acte qu’un agent d’égarement exerce sur autrui.
Il a dit au sujet d’Adam :
﴿وَعَصَىٰ آدَمُ رَبَّهُ فَغَوَىٰ﴾ (Et Adam désobéit à son Seigneur et se dévoya.) [طه: 121]
Et les gens du Feu ont dit : ﴿الَّذَيْنِ أَضَلَّانَا مِنَ الْجِنِّ وَالْإِنسِ﴾ (Les deux qui nous ont égarés, parmi les djinns et les hommes).
La question n’est donc pas : qui s’est dévoyé ? Mais : qui a égaré ?
L’affaire passe ici du simple être humain tombé dans la déviation à un être humain qui entre dans une fonction consistant à influer sur la déviation d’autrui. Tel est le parcours particulier lié à la part assignée dans cette affaire.
Cinquième scène : l’égarement n’est pas la fin du projet
Le tribunal revient au verset : ﴿وَلَأُضِلَّنَّهُمْ﴾ (Et je les égarerai assurément). Mais il ne s’arrête pas là : ﴿وَلَأُمَنِّيَنَّهُمْ﴾ (Et je les bercerai assurément de vains espoirs), puis : ﴿وَلَآمُرَنَّهُمْ﴾ (Et je leur donnerai assurément des ordres), puis : ﴿فَلَيُبَتِّكُنَّ آذَانَ الْأَنْعَامِ﴾ (De sorte qu’ils fendront les oreilles des bestiaux), puis : ﴿فَلَيُغَيِّرُنَّ خَلْقَ اللَّهِ﴾ (De sorte qu’ils modifieront la création de Dieu).
Le projet particulier ne se réduit donc pas à l’égarement. Il constitue un parcours intégré :
Égarement → vains espoirs → ordre → altération.
Ici apparaît clairement l’importance de distinguer les deux projets : la séduction générale vise l’être humain, tandis que le projet particulier vise à conduire l’être humain à l’acte d’altération.
Sixième scène : qu’est-ce que la « création de Dieu » ?
Le tribunal arrive au terme le plus lourd de conséquences dans cet enchaînement :
﴿فَلَيُغَيِّرُنَّ خَلْقَ اللَّهِ﴾ (De sorte qu’ils modifieront la création de Dieu).
Et le Coran dit :
﴿اللَّهُ خَالِقُ كُلِّ شَيْءٍ﴾ (Dieu est le Créateur de toute chose.) [الزمر: 62]
La création ne se limite donc pas à l’être humain : elle comprend le monde des cieux et de la terre et ce qui se trouve entre eux, l’être humain, les animaux, les végétaux et toutes les autres créatures.
C’est pourquoi se manifeste le niveau matériel de l’altération. Le Coran en a donné un exemple direct : ﴿فَلَيُبَتِّكُنَّ آذَانَ الْأَنْعَامِ﴾ (De sorte qu’ils fendront les oreilles des bestiaux).
À notre époque, on peut confronter à ce texte des questions telles que le génie génétique, la modification des gènes, le clonage et l’intervention sur les caractéristiques biologiques, afin d’examiner dans quelle mesure ce concept s’y applique.
Mais le tribunal ouvre une autre voie.
Septième scène : altérer ce par quoi vous voyez
Le Coran dit :
﴿فِطْرَتَ اللَّهِ الَّتِي فَطَرَ النَّاسَ عَلَيْهَا ۚ لَا تَبْدِيلَ لِخَلْقِ اللَّهِ ۚ ذَٰلِكَ الدِّينُ الْقَيِّمُ﴾ (La disposition originelle donnée par Dieu, selon laquelle Il a créé les hommes. Nul changement à la création de Dieu. Telle est la religion droite.) [الروم: 30]
Ici apparaît un lien : création → disposition originelle → être humain → religion.
À partir de là, on peut examiner le niveau immatériel de l’altération : la disposition originelle, la pensée, la perception, la connaissance, le choix, la religion et la relation de l’être humain au temps et au sens.
La formulation devient alors : ce que vous voyez peut être altéré, et ce par quoi vous voyez peut l’être aussi.
L’altération peut toucher la chose créée, comme elle peut toucher l’être humain qui reçoit cette chose, la comprend, la perçoit et porte un jugement sur elle.
Dès lors, il ne s’agit plus simplement d’une altération de la forme ; la question devient : l’altération peut-elle s’étendre à l’être humain lui-même, ainsi qu’à la manière dont il voit et comprend la création de Dieu, la vérité et la religion ?
Tel est le champ d’examen qu’ouvre le verset.
Huitième scène : un témoin tiré du Coran — le Samiri
Le tribunal appelle un témoin tiré du Coran lui-même : le Samiri. Non parce que le Coran l’aurait expressément qualifié d’« égareur », mais parce que son récit fournit le modèle d’un acte passé du for intérieur à la collectivité.
Il dit :
﴿بَصُرْتُ بِمَا لَمْ يَبْصُرُوا بِهِ﴾ (J’ai perçu ce qu’ils n’ont pas perçu.) []
Puis :
﴿فَقَبَضْتُ قَبْضَةً مِّنْ أَثَرِ الرَّسُولِ فَنَبَذْتُهَا وَكَذَٰلِكَ سَوَّلَتْ لِي نَفْسِي﴾ (J’ai saisi une poignée de la trace du messager, puis je l’ai jetée ; voilà ce que mon âme m’a suggéré.) [طه: 96]
Puis il fabriqua le veau :
﴿فَأَخْرَجَ لَهُمْ عِجْلًا جَسَدًا لَّهُ خُوَارٌ﴾ (Il fit alors paraître pour eux un veau, un corps qui émettait un mugissement.) [طه: 88]
Et il dit : ﴿هَٰذَا إِلَٰهُكُمْ وَإِلَٰهُ مُوسَىٰ﴾ (Voici votre dieu et le dieu de Moïse).
Et Aaron dit :
﴿يَا قَوْمِ إِنَّمَا فُتِنتُم بِهِ﴾ (Ô mon peuple, vous avez seulement été mis à l’épreuve par lui.) [طه: 90]
Le tribunal se trouve donc devant un modèle coranique :
Suggestion de l’âme → acte → influence sur la collectivité → mise à l’épreuve de la collectivité.
Le Coran n’a pas besoin, chaque fois, de qualifier l’auteur de l’acte d’égareur ; il expose plutôt l’acte et ses effets. Ici revient la question : à quel moment l’égarement de l’individu se transforme-t-il en une fonction d’égarement d’autrui ?
Neuvième scène : l’oumma unique
Après avoir établi la nature du projet, le tribunal se tourne vers la partie qui témoignera à son sujet.
﴿إِنَّ هَٰذِهِ أُمَّتُكُمْ أُمَّةً وَاحِدَةً وَأَنَا رَبُّكُمْ فَاعْبُدُونِ﴾ (Cette oumma qui est la vôtre est assurément une oumma unique, et Je suis votre Seigneur ; adorez-Moi donc.) [الأنبياء: 92]
Dans son fondement coranique, l’oumma n’est donc pas une simple appellation. Elle est une oumma unique, dotée d’un fondement commun : un Seigneur unique et l’adoration de Dieu.
Puis il dit :
﴿كُنْتُمْ خَيْرَ أُمَّةٍ أُخْرِجَتْ لِلنَّاسِ تَأْمُرُونَ بِالْمَعْرُوفِ وَتَنْهَوْنَ عَنِ الْمُنكَرِ وَتُؤْمِنُونَ بِاللَّهِ﴾ (Vous êtes la meilleure oumma suscitée pour les hommes : vous ordonnez le convenable, interdisez le blâmable et croyez en Dieu.) [آل عمران: 110]
Le tribunal consigne donc : suscitée pour les hommes. Et elle a une fonction : ordonner le convenable, interdire le blâmable et croire en Dieu.
L’oumma n’est donc pas simplement une collectivité portant un nom. Elle a une fonction envers les hommes. La question est maintenant : témoigner relève-t-il de cette fonction ?
Dixième scène : de la transmission (balāgh) au témoignage (shahāda)
Le tribunal revient au Messager.
﴿يَا أَيُّهَا الرَّسُولُ بَلِّغْ مَا أُنزِلَ إِلَيْكَ مِن رَّبِّكَ وَإِن لَّمْ تَفْعَلْ فَمَا بَلَّغْتَ رِسَالَتَهُ﴾ (Ô Messager, transmets ce qui t’a été révélé de la part de ton Seigneur ; si tu ne le fais pas, tu n’auras pas transmis Son message.) [المائدة: 67]
La transmission (balāgh) est donc la fonction du Messager. Ce que Dieu a révélé relève de la transmission (balāgh). Et l’avertissement que le Coran a dévoilé ne se situe pas en dehors du contenu de ce que Dieu a révélé.
Vient ensuite le verset décisif :
﴿وَكَذَٰلِكَ جَعَلْنَاكُمْ أُمَّةً وَسَطًا لِّتَكُونُوا شُهَدَاءَ عَلَى النَّاسِ وَيَكُونَ الرَّسُولُ عَلَيْكُمْ شَهِيدًا﴾ (Ainsi avons-Nous fait de vous une oumma du juste milieu, afin que vous soyez témoins à l’égard des hommes et que le Messager soit témoin à votre égard.) [البقرة: 143]
Ici apparaît la structure complète :
Le Messager → l’oumma → les hommes.
Le Messager est témoin à l’égard de l’oumma, et les membres de l’oumma sont témoins à l’égard des hommes.
Le verset ne s’est pas arrêté à : ﴿لِّتَكُونُوا شُهَدَاءَ عَلَى النَّاسِ﴾ (Afin que vous soyez témoins à l’égard des hommes), mais a ajouté : ﴿وَيَكُونَ الرَّسُولُ عَلَيْكُمْ شَهِيدًا﴾ (Et que le Messager soit témoin à votre égard).
Le témoignage (shahāda) se déploie ainsi dans deux directions : du Messager à l’égard de l’oumma, et de l’oumma à l’égard des hommes. C’est ici que commence effectivement le troisième procès.
Onzième scène : qu’en est-il après le Messager ?
La question est : la fonction de témoignage (shahāda) prend-elle fin avec la vie du Messager ?
Le Coran n’a pas confié au seul Messager le témoignage (shahāda) à l’égard des hommes ; il a dit à l’oumma : ﴿لِّتَكُونُوا شُهَدَاءَ عَلَى النَّاسِ﴾ (Afin que vous soyez témoins à l’égard des hommes).
La fonction de témoignage (shahāda) a donc été confiée à l’oumma elle-même. C’est à partir de là qu’apparaît le passage de cette fonction : le Messager transmet et témoigne à l’égard de l’oumma, et l’oumma témoigne à l’égard des hommes.
Cela ne signifie pas que l’oumma assume le rang du Messager dans la prophétie ou la mission de messager, mais qu’elle assume la fonction de témoignage (shahāda) que le Coran lui a expressément attribuée.
C’est pourquoi la question demeure ouverte : si le Messager a transmis… l’oumma a-t-elle accompli son témoignage (shahāda) ?
Douzième scène : ni accusation collective ni dispense collective
Ici, la défense se lève.
La défense : le legs reçu
Elle dit : l’oumma n’est pas un individu unique. Tout être humain n’est pas savant. Tout être humain n’est pas décideur. Tout être humain n’est pas capable de rechercher, d’exposer ou de changer les choses.
Le tribunal ne rejette pas cette défense ; il l’accepte dans son principe, car le Coran lui-même distingue entre les hommes. Mais accepter ce principe ne signifie pas dispenser tout le monde.
﴿كُونُوا قَوَّامِينَ بِالْقِسْطِ شُهَدَاءَ لِلَّهِ وَلَوْ عَلَىٰ أَنفُسِكُمْ﴾ (Soyez fermes dans l’accomplissement de l’équité, témoins pour Dieu, fût-ce contre vous-mêmes.) [النساء: 135]
﴿وَلَا تَكْتُمُوا الشَّهَادَةَ﴾ (Et ne dissimulez pas le témoignage (shahāda).) [البقرة: 283]
Il n’y a donc, devant le tribunal, aucune accusation collective, mais il n’y a pas non plus de dispense collective.
Chaque être humain prend part au témoignage (shahāda) depuis sa propre position : selon son savoir, sa capacité, sa spécialité, sa place et à la mesure de la responsabilité qu’il a assumée.
Le savant n’est donc pas comme celui qui ne l’est pas, le chercheur n’est pas comme celui qui ne l’est pas, le spécialiste n’est pas comme celui qui n’a pas de spécialité, le décideur n’est pas comme celui qui ne dispose d’aucun pouvoir de décision, et celui qui a une capacité n’est pas comme celui qui en est dépourvu.
C’est pourquoi le tribunal ne demande pas : pourquoi tous n’ont-ils pas tout fait ? Il demande plutôt : que cet homme pouvait-il savoir ? Que pouvait-il faire ? De quoi était-il responsable ? Et a-t-il accompli son témoignage (shahāda) ?
Treizième scène : le témoignage (shahāda) de l’oumma n’est pas un titre
Le tribunal revient au début de ce dossier.
Le projet général : dévoiement → l’homme.
Et le projet particulier : égarement → vains espoirs → ordre → altération.
Et la part assignée dans cette affaire : les Juifs.
Puis vient l’oumma : ﴿لِّتَكُونُوا شُهَدَاءَ عَلَى النَّاسِ﴾ (Afin que vous soyez témoins à l’égard des hommes).
La fonction du témoignage (shahāda) apparaît alors clairement. Il n’est pas demandé à l’oumma de porter seulement ce nom. Le témoignage (shahāda) n’est pas une attestation d’appartenance. Il ne consiste pas non plus à répéter ce qui lui a été dit.
Mais :
Vision → savoir → discernement → exposition → témoignage (shahāda).
S’il y a égarement, le témoin s’interroge sur l’égarement. S’il y a de vains espoirs, le témoin s’interroge sur ces vains espoirs. S’il y a un ordre, le témoin s’interroge sur cet ordre. Si une altération apparaît, le témoin s’interroge sur cette altération.
Non parce que l’oumma est accusée d’exécuter le projet, mais parce que le Coran lui a assigné cette position : le témoignage (shahāda) à l’égard des hommes.
Quatorzième scène : la série des trois procès
Le juge lève devant lui les trois dossiers.
Le premier procès
Où le crime a-t-il commencé ?
Le résultat : le meurtre du premier frère et la participation, avec Iblis, à l’égarement de l’homme.
Le deuxième procès
Qui est la part assignée, et quelle est sa fonction ?
Le résultat : les Juifs sont la part assignée dans cette affaire.
Et la fonction : égarement → vains espoirs → ordre → altération.
Il est ensuite apparu que le projet comporte deux niveaux : un projet général, le dévoiement ; et un projet particulier, l’égarement, les vains espoirs, l’ordre et l’altération.
Le troisième procès
Une fois le projet dévoilé… qui témoigne ?
La réponse vient :
﴿لِّتَكُونُوا شُهَدَاءَ عَلَى النَّاسِ وَيَكُونَ الرَّسُولُ عَلَيْكُمْ شَهِيدًا﴾ (Afin que vous soyez témoins à l’égard des hommes et que le messager soit témoin à votre égard).
La chaîne se complète ainsi :
Iblis → Israël → les Enfants d’Israël → ceux qui ont judaïsé → les Juifs → la part assignée → le projet particulier → égarement → vains espoirs → ordre → altération → l’oumma témoin → l’homme témoin.
L’affaire n’est alors plus seulement une question d’histoire : elle devient une question de témoignage (shahāda).
⚖️ Le jugement définitif
Le juge
Après avoir entendu le dossier de l’affaire et les jugements rendus lors des deux procès précédents, le tribunal ne rouvre pas ce qui a déjà été jugé, mais s’appuie sur ces jugements.
Il a été établi lors du deuxième procès :
Premièrement : que les Juifs sont la part assignée dans cette affaire et qu’ils constituent le groupe déterminé, parmi les Enfants d’Israël, que le Coran a décrit par ses actes et ses positions et qui s’est lui-même nommé « Juifs ».
Deuxièmement : que la fonction liée à cette part est :
Égarement → vains espoirs → ordre → altération.
Il est également apparu au tribunal que le Coran présente deux niveaux du projet d’Iblis : un projet général de dévoiement, qui vise l’homme à grande échelle ; et un projet particulier d’égarement, de vains espoirs, d’ordre et d’altération, qui conduit à modifier la création de Dieu.
Le tribunal ne juge ni l’ensemble des Enfants d’Israël ni chaque individu du seul fait de son ascendance ou de son nom.
Quant à l’oumma, le Coran lui a assigné une position claire :
﴿لِّتَكُونُوا شُهَدَاءَ عَلَى النَّاسِ﴾ (Afin que vous soyez témoins à l’égard des hommes).
Et le messager :
﴿وَيَكُونَ الرَّسُولُ عَلَيْكُمْ شَهِيدًا﴾ (Et que le messager soit témoin à votre égard).
En conséquence, le tribunal décide :
Le témoignage (shahāda) est une fonction, non un titre.
Ni accusation collective ni exemption collective, mais une responsabilité à la mesure du savoir, de la capacité, du domaine de compétence, de la position et de la responsabilité dont l’homme s’est chargé.
C’est pourquoi le tribunal ne demande pas à l’homme : pourquoi n’as-tu pas fait ce qui était hors de ta capacité ? Il lui demande plutôt : qu’as-tu su ? Qu’as-tu pu faire ? Quelle est ta responsabilité ? Et qu’as-tu fait de ton témoignage (shahāda) ?
Puis le juge regarde le dossier de l’affaire et dit :
La question de savoir qui était l’accusé est close. La question de la fonction de la part est close. Reste la question du témoin.
Puis il lève le jugement :
Le dossier n’est plus devant le tribunal. Il est désormais devant le témoin lui-même. A-t-il donc accompli son témoignage (shahāda) ?
L’audience est levée.
Les trois procès sont terminés… et le témoignage (shahāda) a commencé.
Documents relatifs à l’affaire
Le premier procès : les fils d’Adam et les Enfants d’Israël
Le procès décisif : l’affaire de la « part assignée »
Après le jugement : le témoignage (shahāda) de l’oumma à l’égard des hommes
L’importance de la découverte et la dangerosité du projet
